Brouiller les pistes de l’escorte ?

jeudi 11 juin 2009 par Arimi Choubadé

L’échafaudage de l’arrêté « clandestin » sur les primes des agents de santé parait trop léger pour masquer la stratégie de la terre brûlée pratiquée autour de la chaîne de gestion des fonds de l’escorte des véhicules d’occasion depuis avril 2006. Le départ de Soulémana est une nouvelle porte qui se ferme brutalement sur la route de cette nébuleuse. L’argentier national saute au moment même où, sous les coups de boutoir de quelques députés, la manne jusqu’alors incontrôlée figure désormais sur les comptes du trésor public. Avant Soulémana, cinq directeurs généraux de la douane, quatre directeurs généraux du port autonome de Cotonou et autant de ministres des Transports, tous des témoins gênants, virés sans autre forme de procès. Comme çà, sans explication, sans suite. A chaque fois dans la précipitation comme si on craignait que les intéressés ne préparent une éventuelle riposte ou ne constituent des bases de données compromettantes pour le régime.

Un ministre des Finances représentait un moindre risque tant que les fonds de l’escorte sont logés bien au chaud dans un compte spécial de la Bceao sous surveillance étroite du beauf. Sa manipulation ne nécessite pas d’encombrantes inquisitions comme dans le cas des mouvements de fonds à l’intérieur du budget national. Une fois le beauf retraité, la banque centrale n’offrait plus de garantie de discrétion. L’idéal aurait été de faire de lui le ministre des Finances dès que la budgétisation réclamée à cor et à cri par une opinion publique de plus en plus révoltée par la prodigalité présidentielle est devenue une réalité. Avec la menace que ce népotisme caractérisé ne déclenche l’ire des adversaires politiques très en verve malgré la défection du truculent Rachidi Gbadamassi.

Tout le monde aura remarqué la confusion qui a prévalu après le limogeage de Soulémana. Il fallait qu’il parte, et dans l’immédiat. Ce n’est qu’après qu’on s’est mis à réfléchir sur le nom de son remplaçant. Ce qui a expliqué le leurre entretenu autour de sa directrice de cabinet durant quelques heures avant la confirmation de Koukpaki dans un rôle d’intérimaire. Un jeu de chaise musicale très mal orchestrée qui traduit une certaine fébrilité autour de cette affaire. On ne peut empêcher donc les paris de s’ouvrir à propos de la longévité de ce successeur (prédécesseur) de circonstance.

Le régime du Changement joue gros avec les fonds d’escorte désormais inscrits au budget. C’est tout l’édifice de la propagande du rempilage qui est concerné. Le sort des meetings de remerciement, des marches de soutiens, des débauchages de députés, des enlèvements d’élus locaux et des réceptions festives à la Marina dépend en grande partie de la personnalité de l’ordonnateur délégué qu’est l’argentier national. Un procédurier ou un inquisiteur patenté ne fait pas l’affaire des nombreux courtisans entretenus à coup de rente et de prébendes. Sans oublier le sacro-saint principe de faire en sorte que la vérité ne se sache jamais au sujet de ces fonds considérés à tort ou à raison comme le nerf principal de la campagne électorale précoce du docteur-président.

Difficile alors d’imaginer Koukpaki être maintenu aux manettes de la trésorerie nationale durant près de deux ans encore, jusqu’à la fin de mandat. Un temps largement suffisant pour remonter tout le processus et reconstituer le fil du puzzle mis en place depuis 2006. Avec l’indépendance d’esprit reconnu à ce ministre quasi inamovible, le secret n’est pas en sécurité dans ce cas-là. A moins de provoquer une autre crise politique en retirant les fonds d’escorte du budget national pour les domicilier cette fois-ci par à la banque centrale, mais dans une banque privée dont le propriétaire ne serait rien d’autre que le beauf banquier. Cocasse.

Quelle que soit la durée de la nuit, le jour finit toujours pas apparaître, dirait l’autre !

Par Arimi Choubadé
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