La démission de fait

jeudi 9 juillet 2009 par Arimi Choubadé

Eric Houndété n’avait même pas à demander la démission de Yayi Boni. Appréciez comment se gère le navire Bénin à travers le rappel de trois événements. Un aveu que le cœur névralgique du pouvoir est sérieusement corrompu, deux appels au secours à la communauté internationale, le premier pour une aide budgétaire directe et le second en réaction à l’impuissance contre les inondations. Tous cela en l’espace d’une semaine. Décryptage : la marche verte contre la corruption n’a pu éviter à l’argenterie nationale, gardienne des caisses de l’Etat, de s’empêtrer dans les magouilles et les malversations. Impuissance du gouvernement à faire face aux dépenses de fonctionnement ; incapacité encore plus notoire face aux inondations.

Finalement de quoi sont-ils capables, les émergents ? Le pathétisme de l’appel au secours de Koukpaki est symptomatique de ce qui apparaît comme une débâcle totale. Lui, le plus doué du régime, qui a réponse à tout, ne peut que tendre la main face à l’impasse en ce qui concerne l’exécution correcte des prévisions budgétaires au titre de la l’année 2009. le mythe Soulé Mana éventré, il ne reste plus rien de la dithyrambe autour de ce budget que l’on a présenté comme la sésame infaillible pouvant mener le peuple Bénin vers l’émergence. La fameuse barre de 1.000 milliards largement dépassée, pour la première fois de l’histoire. Ce colosse budgétaire n’a même pu franchir le cap du mi-exercice avant de poser un genou à terre. Foudroyée par la corruption rampante, la campagne électorale précoce qui a fait déserter toute l’administration publique, la crise économique et la faillite collective.

Les eaux déversées sur Cotonou et environs n’ont laissé aucune chance à la gouvernance improvisée. Les émergents ont été littéralement privés du plaisir de se délecter sur les turpitudes du maire de Cotonou face aux inondations. Au contraire, grâce au programme Cotonou en Campagne Contre les Inondations (3Ci), la ville portuaire s’est mieux défendue que ses voisins « confisqués » par Fcbe. Mathias Gbèdan à Sèmè-Kpodji et Patrice Oussou Guèdè sont demeurés bras ballants exactement à l’image de leurs mentors de la Marina débordés de toute part. il fallait arrêter cette compétition inégale entre pro et anti-émergents au risque de mettre à nu les tares du régime et de ses suppôts occupés aux marches et aux meetings. D’où l’autre appel du ministre de l’Intérieur à la communauté internationale. Un confrère s’interrogeait hier dans un humour noir pour savoir si le gouvernement togolais retournerait les 100 millions FCfa que le général Félix Hessou alors ministre béninois de l’Intérieur leur a fait parvenir en 2008 suite aux inondations au Togo.

Au lieu de demander la démission de Yayi, on aurait pu lui poser la question sur ce qu’il a faire désormais que les gens s’occupe de faire exécuter son budget, lutte contre les inondations et que son gouvernement ne parvient pas à empêcher ses propres membres de jouer avec les maigres deniers publics. Déjà très occupé à parcourir le pays du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest à la recherche de soutien pour sa réélection en 2011, il n’avait plus le temps de s’atteler aux tâches de développement. la gestion du pays revient donc de fait à ceux appeler à renflouer le budget national, à sortir les habitants de Cocotomey, Womey, Aglangadan et consorts de l’eau et à dénoncer les magouilles de ministres indécelables en conseil des ministres. Une sorte de gestion par procuration.

Si ce n’est une démission, cela lui ressemble étrangement…

Par Arimi Choubadé
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