La compassion médiatique

lundi 27 juillet 2009 par Arimi Choubadé

Beaucoup d’émotion autour de mon excellentissime confrère Sulpice Oscar Gbaguidi victime de la bêtise. Comme dans tous les systèmes de déperdition des valeurs, intolérants et autres extrémistes n’ont qu’une seule idée en tête, se défouler sur du journaliste. Trois agressions caractéristiques, en une semaine, avec pour cible, l’éditorialiste de Fraternité, une équipe de reportage de l’Ortb et le groupe de presse la Gazette du Golfe. Je ne parle pas de ces dizaines de chasseurs d’information maltraitées dans les salles d’attente de l’administration, sur les lieux de reportages ou martyrisées par des pseudos promoteurs de médias plus imbus de leur propre notoriété que de l’éclosion d’une presse libre de qualité.

Le cas de ces lâches prédateurs de la liberté de presse est connu. Mais, le véritable drame réside dans l’inefficacité des prétendus défenseurs des opprimés. Je parie que mon ami Sulpice doit être le premier révolté par les gesticulations stériles autour de l’horrible bandeau qui lui ceint le crâne au lendemain de son agression. Un mauvais film, ces délégations qui se relaient au chevet du blessé, escortées de caméras et de micro. A la limite un voyeurisme déconcertant autour des points de suture du malheureux souffreteux. Conseillers à la Haac et responsables d’associations de professionnels des médias sont passés à l’Ortb, à Golfe et au chevet de la « star » de Canal 3 pour consacrer la fatalité. Avec l’annonce d’initiatives aussi improductives les unes que les autres.

On parle de voie de fait, d’agression et de violence ; un journaliste souffre dans sa chair pendant que nos défenseurs se répandent en conjectures. Les marginaux manipulés pour accomplir les sales besognes n’ont que faire des marches de protestation ou des dénonciations. Le concours d’éloquence a pris le pas sur le passage à l’acte. Dans la plupart des cas, il y a possibilité de remonter jusqu’aux auteurs ou commanditaires. Les braillards qui se sont rendus au siège du groupe de presse, la Gazette du Golfe ont bel et bien été filmés. Une pièce à conviction de choix qui peut permettre à la police de mettre des noms sur les visages et ouvrir la voie à une action en justice. Les coupables sont connus d’avance en ce qui concerne l’agression sur l’équipe de reportage de l’Ortb. La loi anti-casseur rend directement responsable les organisateurs de la manifestation c’est-à-dire les responsables syndicaux animateurs du meeting improvisé à la bourse de travail de Cotonou après l’avortement de la marche du 21 juillet 2009. Il existe également des faisceaux d’indices capables de remonter la piste des agresseurs de Sulpice Gbaguidi, ne serait-ce que des soupçons si on consent à ouvrir une enquête judiciaire en bonne en due forme. Les actions citoyennes de grand éclat comme les marches, les conférences de presse, les communiqués et les déclarations ne sauraient avoir d’effet que sur les pouvoirs publics. À moins qu’il ne soit établi une responsabilité de ces pouvoirs publics dans les agressions contre les animateurs de médias.

Les conseillers de la Haac devraient tirer leçon des déboires du gouvernement Yayi et se rendre à l’évidence de l’inefficacité de la gestion foraine. Les tournées officielles permettent l’opportunité de quelques coups médiatiques ; pas plus. La descente au siège de l’Ortb n’est pas un remède à l’impuissance de l’institution face aux dérives sur la chaîne publique. La Haac ne peut sanctionner aucun dirigeant de médias du secteur public qui dépendent tous hiérarchiquement de leur ministre de tutelle. De la même façon qu’il est impensable de penser à des restrictions sur les fréquences du secteur public comme c’est souvent le cas dans l’audiovisuelle du secteur privé en cas de manquements graves. Une ambiance d’impunité qui peut motiver de justiciers incontrôlables. Juste une piste de réflexion.

La compassion hystérique ne remplace pas le désir de justice de Sulpice, de Golfe et de l’Ortb…

Par Arimi Choubadé
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