La corruption fatale ?

mardi 25 août 2009 par Arimi Choubadé

Ni la marche verte ni le pardon. Aucun de ces remèdes n’a pu empêcher la Cen-Sad, l’avion présidentiel, les intrants agricoles de qualité douteuse, les faux frais sur les véhicules à vitres teintées, les ordres de paiement…L’autre parlerait de la corruption à la louche contrairement à celle de la cuillère à café. La marche verte comme le pardon présidentiel conforte la thèse selon laquelle le docteur-président aurait puisé dans ses convictions les plus intimes sans pouvoir enrayer la propension des siens à voler l’argent du peuple. Le pathétique show médiatique présidentiel du 1er août 2009 a failli inculquer définitivement dans la conscience collective qu’il n’y a rien à faire et qu’il faut se résigner à voir se commettre les crimes économiques les plus odieux en toute impunité. Jusqu’à ce qu’une clameur inespérée vienne démontrer qu’il existe bel et bien une autre formule que l’émotion et le folklore. Elise Gbèdo, Anne Adjaï Cica, Martin Assogba et consorts se souviennent qu’un projet de loi anti-corruption est en souffrance sous le siège du N°2 des émergents au palais des Gouverneurs.

Désormais, le débat change de tournure. Les partisans de cette loi croient dur comme fer qu’à défaut d’empêcher les gens de voler l’argent de l’Etat, on peut mieux réglementer le régime des sanctions. Une éventualité qui ne déclenche pas trop l’enthousiasme chez les idéologues du Changement. Ulcérés qu’ils sont de devoir admettre que leur patron s’est donné tant de mal à battre le macadam dans Cotonou et à implorer publiquement l’absolution de ses compatriotes sur le plateau de la télévision nationale pour se voir démentir par un simple projet de loi dont tout le monde vante par avance les vertus. Cela voudrait dire que le visionnaire n’est pas si exceptionnel qu’on le dit et que d’autres Béninois avant lui ont réfléchi à des solutions intelligentes.

Avant même que le texte ne devienne exécutoire, des suppôts présumés s’activent à atténuer l’espoir à travers un discours du genre : « la loi n’est pas une panacée ». Et d’embrayer sur la ritournelle du « réarmement moral ». Qu’est-ce que la morale peut bien faire à des affameurs du peuple ? A peine s’ils ont conscience d’avoir enfermé des hôpitaux, des maternités, des centres de loisirs pour jeunes ou des orphelinats dans leurs comptes en banque ou à travers leur prodigalité extravagante vis-à-vis des maîtresses et courtisans. Il n’y a que dans la tradition anglo-saxonne que les us et coutumes ont valeur de règles même en l’absence d’écrits. Le Bénin qui a hérité du colon français le juridisme intégral ne peut fonctionner que sur la base d’une législation plus ou moins explicite. Peut-être un complément à la loi-anti corruption par d’autres textes relatifs au financement des partis politiques. La démocratie ne saurait continuer à se faire entretenir par de l’argent d’origine inconnue. On constate que les scandales sous Yayi évoluent à la fréquence des marches de soutien et des meetings de remerciement. Les harangueurs de foules n’accepteraient jamais bousiller leurs patrimoines propres acquis à la sueur de leurs fronts dans la glorification du docteur-président.

Arsenal appuyé par un rajout à propos de la politisation de l’administration publique. La discrimination à l’égard des militaires en matière de participation à la vie des partis politiques doit s’étendre aux autres agents permanents de l’Etat dans une certaine mesure si on admet que la vie partisane est nuisible à l’administration publique. La fonction publique est un sacerdoce au profit de la nation et non au profit d’une chapelle politique. Réarmement moral ou prise de conscience spontanée relèvent de stériles bondieuseries. Seules les lois ont la vertu de mettre tout le monde d’accord au Bénin. Grâce au code de la famille plus aucun officier d’état civil ne peut célébrer un mariage polygamique sur le territoire béninois.

La morale, la marche verte, le pardon, c’est bon. Mais, la loi, c’est mieux !!!

Par Arimi Choubadé
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