Nous étions tous des yayistes…

vendredi 28 août 2009 par Arimi Choubadé

N’en déplaise aux « patriotes ». Tout le monde ne raisonne pas par les instincts. Il y a les intégristes prêts à donner la bénédiction sans confession. Les Gbêgnonvi ont renoncé à toutes leurs convictions antérieures bâties sur toute une vie d’intellectuel et de croyant, son combat pour les droits humanitaires, son reniement de l’action de Amnesty International-Bénin dont-il est pourtant le géniteur. Parce que l’homme nouveau est arrivé. Un docteur en économie de développement, banquier par surcroît qui parle de Changement ne pouvait être qu’un meilleur président de la République pour le Bénin. Meilleur que tout ce qu’on avait connu jusque là : Maga, Zinsou, Soglo et… Kérékou bien évidemment. Ce n’est pas possible que cela soit un faux. Remarquez ce Adrien Ahanhanzo Glèlè autrefois un passionné du sogloïsme qui proclame sur un plateau de télévision : « Vous allez voir mon ami Gbêgnonvi au gouvernement. Il en sortira la tête haute ».

Il y a une autre catégorie, les anti. Les aficionados de Kérékou recalés dans leur tentative de réviser de la constitution et qui ont rallié Houngbédi de guerre lasse. Eux qui ont manqué d’embraser le pays après l’échec du second tour. Les promptes félicitations du perdant au vainqueur présumé avant même les proclamations de la Cour constitutionnelle leur ont coupé l’herbe sous les pieds. Les vrais Tchoco-tchoco savent que la transition après Kérékou n’allait pas être du tout aisé et caresse l’ambition de conquérir une Marina en bien meilleur état qu’en avril 2006. En cela, l’espoir d’un instant, à son corps défendant peut-être, Houngbédji fut un yayiste. Le Bénin évite ainsi de pénibles contestations post-électorales ; prétextes pour les pêcheurs en eaux troubles de jeter leurs filets. On n’oublie pas que c’était un ancien révolutionnaire, ancien putschiste, engraissé par un poste de gardien de luxe au port de Cotonou, fraîchement promu général qui détenait le département de la défense nationale.

Entre les deux, se trouvent des gens qui ont mis une sourdine à l’exaltation juste à la sortie de l’esplanade de l’Assemblée nationale à Porto-Novo dès le 06 avril 2006. Pour le faire il fallait ne pas posséder un agenda politique conditionné par le goût du strapontin. Le bénéfice du doute qui permet de se laisser convaincre par les nouveaux princes. Commence alors le déroulement d’une gouvernance qui vire progressivement à l’affairisme, au goût du pouvoir, à la ruse et pire, à la dérive autocratique. Des choses ont certainement changé mais pas la corruption généralisée, le chômage systématique des jeunes, la politisation à outrance de l’administration publique, les dépenses extrabudgétaires, la grandiloquence, la démagogie, la suffisance et l’indécence. La posture d’attentisme se transforme hélas en une grosse colère.

Quel que soit du côté où on se situe, l’amour du pays reste le principal. D’où vient alors ce galvaudage du « patriotisme » ? Certains ont bien remarqué qu’il y a un gain à tirer de l’émotivité à fleur de peau du chef. C’est de la bouche d’un de ses idéologues de départ, un député médecin, qu’on a appris que le grand Manitou serait en fait sous l’emprise de bonimenteurs érigés en décideurs incontournables au sein de l’appareil. Une fragilité habilement exploitée qui a abouti à une perversion sentimentaliste de très mauvais aloi ; ceux qui aiment le Bénin du Changement et ceux qui le détestent. Ce discours ne manque cependant pas de logique. Parce que celui qui aime vraiment le Bénin ne doit pas aimer la manière dont les émergents essaient de le « changer » en remplaçant les cuillères à café par des louches dès qu’il s’agit de puiser indûment dans les caisses de l’Etat.

Qu’on nous ramène alors le Bénin tel qu’il était, sans le Changement à la Yayi !!!

Par Arimi Choubadé
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