Le nouveau projet émergent ?

mercredi 2 septembre 2009 par Arimi Choubadé

Impossible de les rater sur le terrain, les rabatteurs émergents. Objectif 2011, plus d’un an avant l’échéance. Pas un seul centimètre carré du territoire béninois n’est épargné. Message unique : un rempilage pour l’émergence. Plaidoyer enrobé d’un discours complètement anémié. En 2006, le programme politique se résumait en un mot qui s’est révélé magique sur le terrain : le Changement. Le symbolique du cauris rappelait aux damnés de la gestion Kérékou que l’abondance et la prospérité étaient à portée de main. Ce qui permit de simplifier au maximum l’effort de persuasion de l’électorat. L’analphabétisme a fait le reste. « A beau mentir qui vient de loin ». Le docteur en économie de développement venait de Lomé, seulement il est banquier ; profil idéal pour remettre à flot un pays au bord de la banqueroute. Du déjà vu ; la conférence nationale, la transition, un administrateur de la banque mondiale …et enfin une fin de règne de Kérékou. Il suffisait à Yayi de se baisser pour rafler la mise face à une classe politique discréditée par son apathie face à la question de la révision de la constitution, par des dysfonctionnements récurrents et par des querelles byzantines.

Il a fallu aux émergents la campagne précoce pour qu’ils se rendent à l’évidence qu’un coup de bluff ne dure qu’un éclair. Le temps pour les victimes de retrouver leur sens d’appréciation. Le spectacle qui s’offre aux Béninois après qu’il ait ouvert les yeux à l’extinction de la comète du Changement se passe de commentaire. C’est le mode de présentation du bilan des années de Changement qui a commencé par mettre la puce à l’oreille de nombreux d’entre les électeurs surtout ceux du pays profond. En lieu et place de réalisations concrètes, le régime a préféré des déportations de têtes de linotte chez qui on espère déclencher des fantasmes en les hissant sur des passages à niveau de Cotonou. La conclusion coule de source ; si on est allé aussi loin jusqu’à Cotonou (des centaines de kilomètres pour certains des jeunes touristes politiques) c’est parce que sur place dans les hameaux il n’y a rien à exhiber pour le compte du Changement.

Et puis si le Changement avait été un succès pour mériter réellement un rempilage, on devrait pouvoir revoir les propagandistes qui ont fait feu de tout bois en 2006. Des personnages qui se terrent ou se cachent comme s’ils étaient atteints d’une infamie rédhibitoire. Profil au rabais pour tous ceux qui squattaient les plateaux de télévision, les antennes de radio, les sites Internet en propageant les bonnes recettes de l’émergence. Le disque a subi une considérable altération. Les gens ont fini par se lasser que les mêmes brandissent des thèses et leurs contraires. La réalité se module selon que l’on soit en acte ou en parole. En parole c’est le devoir de compte rendu, la reddition de compte, la solidarité gouvernementale, la transparence, la prospérité partagée, la croissance à deux chiffres etc… En acte, c’est le scandale de la Cen-Sad, les interdictions de manifestation, la non installation de conseils municipaux élus, les intrants avariés dans les champs de coton, tutti quanti…

La panne du Changement a amené un nouveau discours avec d’autres tribuns. La prospérité partagée cède le pas à la prospérité ethnique. Ainsi même si les gens sont dans la misère le salut de leur âme dépendrait du nombre d’années que passerait un des leurs au pouvoir. Des liasses insolentes distribuées à tout vent pour accompagner ce discours. Un mélange explosif d’ethnocentrisme et d’argent de la corruption à l’assaut de l’électorat. Sauf que cette fois-ci, le chaos est l’œuvre du rempileur lui-même. De plus en face, se constitue un bloc compact d’acteurs politiques moins réfractaires à la dynamique unitaire.

Tant pis pour le Changement !!!

Par Arimi Choubadé
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