Les accords de Haie Vive

jeudi 3 septembre 2009 par Arimi Choubadé

De l’aboiement à la signature. Gâteux peut-être mais très structurés dans leurs têtes. 12 mars 2008, Abomey-Bohicon en novembre de la même année et un protocole d’union le 1er septembre 2009. Il ne sera pas dit que les vieux de la vieille classe politique n’ont pas de suite dans les idées. La proclamation d’un retour aux valeurs issues de la conférence nationale de février 1990 est loin d’être la manifestation pathologique d’une sénilité avancée. Au Psd, à la Rb, au Prd, au Madep et à Force Clé on est convaincu que le régime du Changement est mauvais pour la cohésion nationale, la paix sociale, la lutte contre la corruption, le respect des libertés fondamentales. Le dire ne suffisait, d’où la nécessité de l’écrire et le consigner dans un document commun : le protocole d’union du 1er septembre.

Aux statisticiens de se pencher sur les chances des uns et des autres en perspective de la course de 2011. Mais le 1er septembre 2009 consacre l’échec des prévisions cataclysmiques au sujet de cette alliance. La réaffirmation de la volonté de s’aligner derrière un seul candidat à la présidentielle de 2011 ; dès le premier tour. Une prouesse que beaucoup de Béninois attribuent au docteur-président. Lui qui affectionne d’être identifié comme un grand pionnier peut admirer sa capacité à fédérer ses adversaires autour de son départ en 2011. S’il n’y avait pas eu le yayisme, peut-être que jamais Soglo, Houngbédji, Amoussou, Fagbohoun et Séhouéto n’enfanteraient une coalition commune en vue de conquérir le pouvoir. En cela le grand prêtre du Changement mérite bien la palme de l’unificateur de la classe politique. Il fallait quelqu’un pour les mettre au pas ; Yayi l’a réussi.

Le protocole d’union dans son dispositif annonce qu’une sorte d’anti-yayisme primaire ne fera pas office de projet de société. Sauf qu’en parcourant les lignes, on s’aperçoit bien que les estimations semblent se limiter au quinquennat 2011-2016. Une appréhension qui tire son essence à l’aune de l’expérience du lendemain des assises historiques du Plm Alédjo en 1990. Aucun délégué ne parierait le moindre centime sur un éventuel retour de Kérékou au pouvoir au bout de 5 ans de traversée de désert. Des conférenciers brûlaient même d’envie de le priver définitivement du droit à la candidature à une quelconque élection sous le renouveau démocratique. On connaît la suite : deux mandats de revanche successifs qui a permis de mettre en lambeau les formations politiques et replonger l’économie nationale dans ses travers d’avant conférence nationale. N’eut été l’extrême vigilance de l’opinion publique, le grand Caméléon allait s’offrir une rallonge à la Tandja Mamadou sans qu’aucun parti politique ne puisse lever le petit doigt.

On peut déjà se mettre à s’essayer à des simulations d’après 2016 au cas où la durée de vie des accords de Haie Vive ne devrait être que quinquénaire. La résurgence des guerres de positionnement et des rivalités ombilicales ; un boulevard pour le retour triomphant de Yayi. Le Changement aurait subi juste une pause de 5 ans. Si ce n’est que pour accorder cet intermède sabbatique aux émergents, pourquoi ne pas les laisser courir la décennie d’un seul trait ? Cela éviterait aux Béninois les foudres d’une revanche justifiée. Les émergents n’oublieraient jamais d’être sevrés aussi brutalement alors qu’ils espéraient garder la tétine à la bouche le plus longtemps possible. Ce retour aurait définitivement brisé le rêve des grands regroupements susceptibles de remédier à l’explosivité du paysage politique. Le 1er septembre 2009 n’aurait alors été que le détonateur d’un pétard mouillé.

Wait et see !

Par Arimi Choubadé
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