Une affaire de marche « non autorisée »

vendredi 2 octobre 2009 par Arimi Choubadé

Fête nationale à guichet fermé au stade de Conakry le 28 septembre 2009. Un Face à face population-militaires. Spectacle presque normal un partout sur le continent sauf lorsque cela débouche sur un pogrom comparable à celui perpétré par les Dadis-boys. Les dizaines de morts et de blessés ainsi que les nombreuses femmes violées et humiliées doivent leur drame à une marche non autorisée. Une expression bien connue à la bourse du travail de Cotonou. Les travailleurs ont dû s’y réfugier lorsqu’ils ont été empêchés de se rassembler à la place de l’Etoile rouge de Cotonou en prélude à une marche de protestation par un corridor sécuritaire composé de soldats armés d’armes de guerre. Une semaine avant eux, le même corridor a fait parler de lui sur l’esplanade du stade de l’Amitié à Kouhounou (Cotonou) en dispersant des femmes du parti d’opposition Nep-Mixalodo mobilisées elle aussi pour une marche contre la vie chère.

Les militaires béninois ne sont certainement par des Dadis-boys de Conakry. Les exploits connus à cette armée guinéenne demeurent deux coups d’Etat réussis contre des cadavres de président. Le premier conduit par Lansana Conté a lieu quelques jours après le décès de Sékou Touré. Le second par Moussa Dadis Camara après que les médecins aient constaté la mort clinique de son prédécesseur. On est loin de la dizaine de putschs réussis par les officiers béninois rondement menés dans les règles de l’art, sans effusion de sang, sans violence et dans le respect de la dignité des présidents déposés bien vivants au moment de leur éviction. Les Dadis-boys peuvent néanmoins se vanter d’avoir été d’une main secourable aux rebelles libériens qui ont poussés à la porte le président Charles Taylor mettant ainsi un terme à un drame qui n’a fait que trop duré.

L’armée béninoise républicaine ? L’histoire de l’humanité et particulièrement de l’Afrique est parsemée de déviances d’officiers et de soldats réputés être les plus brillants et les plus républicains possibles. Tout dépend des enjeux du moment. Lorsqu’ils n’ont connu que la vie des casernes, les généraux ne pensent qu’à la patrie et à l’honneur. Mais lorsque ces mêmes « étoilés » habitent des villas de type présidentiel avec lustre, confort, plaisir, véhicules de luxe, ils développent des réflexes de mafieux accrocher à leur pré carré. Manifestants et autres contestataires deviennent alors des menaces voire des ennemis et traiter comme tel. Le soldat guinéen sait qu’il doit de vivre dans l’impunité grâce à sa hiérarchie dont on connaît la proximité avec les cartels sud américains. Leur survie dépend finalement de la pérennité de ce pouvoir militaro-narcotique ajouté à la démagogie d’un capitaine éruptif.

Les Béninois ont bien des appréhensions à nourrir en voyant le régime Yayi susciter au sein de l’armée la naissance d’une petite oligarchie. La vocation du militaire n’est pas de faire des chiffres et des chèques même pour sa corporation. A l’image des extras du génie militaire en compétition ouverte avec des entreprises commerciales en matière de transport de matériel électoral, de construction d’école voire de desserte de pistes rurales avec l’objectif de faire rentrer de l’argent pour la grande muette. Les gradés dans le commerce à défaut de tisser des connexions avec les Mexicains ou les Colombiens. Et puis, on se demande qui a eu la détestable idée de faire intervenir des militaires dans des opérations de maintien d’ordre en pleine ville. A force de déployer des soldats armés jusqu’aux dents sur des lieux de manifestation pacifique on fini par récolter des 28 septembre 2009 de Conakry. Le bilan ne serait certainement pas aussi effarant si les bérets rouges du camp Alpha Yaya ne s’étaient substitués aux policiers et aux gendarmes.

Avis aux « patriotes » de la grande muette et leurs maîtres à penser…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/585-une-affaire-de-marche-non.html