Médicaments et Françafrique…

mercredi 14 octobre 2009 par Arimi Choubadé

Ils étaient presque tous au Palais des congrès de Cotonou le 12 octobre 2009. Tous ceux qui avaient une gratitude à exprimer vis-à-vis de Chirac, trônant au milieu de ses obligés, rayonnant. Une sympathique réunion d’amis sanctionnée par un texte tout aussi joyeux en faveur des victimes des médicaments de la mort. De l’humanisme à fleur de peau qui ferait retourner de nombreux Africains dans leurs tombes vu les acteurs en présence. Et croyez-moi, il ne s’agit pas de gens morts du fait des faux médicaments mais d’un phénomène beaucoup plus élaboré, planifié, codifié et exécuté sans état d’âme : la françafrique. Un instrument implacable qui a servi à l’empereur Chirac de régner sur ses sujets francophones d’Afrique incapables de supporter le « luxe » de la démocratie.

Sans verser dans un anti chiraquisme pathologique qui obéirait à des considérations de conjoncture politique interne, on peut rappeler cependant la trajectoire des conférences nationales au lendemain du discours de la Baule. Mitterrand voulait voir les francophones d’Afrique prendre la mesure de la chute du mur de Berlin et de la vague de démocratisation à l’Est de l’Europe. C’était bien avant la débâcle des socialistes aux législatives françaises de 1993 et la montée en puissance d’un certain Jacques Chirac promis à la succession de Mitterrand. Tant pis pour tous ceux qui n’avaient pas encore parachever leur processus de démocratisant. Démonstration grandeur nature du retour à l’ordre ancien avec le coup d’arrêt au Togo et le maintien aux commandes de Gnassingbé père. Les départs des Lissouba, Soglo, Mahamane Ousmane, Albert Zafi devraient parachever la reprise de la françafrique.

Faure Gnassingbé humaniste ! personne au sein de l’assistance du Palais des congrès de Cotonou le 12 octobre 2009 ne se souvient que le jour de la présidentielle qui l’a consacré, 400 de ses compatriotes ont été conduits à la morgue ou au cimetière. Des milliers d’autres abandonneront domiciles, parents, amis et leur pays en prenant la route de l’exile vers le Ghana, le Bénin ou l’Europe pour les plus nantis. Aucune statistique ne donne les faux médicaments aussi expéditifs et meurtriers que la présidentielle togolaise de 2005. Sassou humaniste lui aussi ? Sensible à la détresse de ses compatriotes exposés aux faux médicaments ? Les disparus du Beach à Brazzaville ainsi que les milliers massacrés au cours des guerres civiles en prélude au départ de Pascal Lissouba n’ont malheureusement pas bénéficié des mêmes scrupules.

Le beau Blaise de Ouagadougou a certainement des histoires à raconter sur la bienveillance de Chirac au sujet des exécutions des d’opposants (Ligali, Zongo et compagnons) et de journaliste (Norbert Zongo). Les ascensions sanglantes de Bozizé, Tandja, Idriss Déby et autres sont des témoignages croustillants de l’humanisme sélectif de l’ami autoproclamé de l’Afrique. La préservation des privilèges a été plus foudroyante que les faux médicaments pour leurs concitoyens dont le malheur est de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. L’ami Mamane dans l’une de ses chroniques sur Rfi s’est bien marré de la présence d’un grand fabriquant de médicaments parmi les généreux donateurs de la Fondation Chirac. Cela donne à la kermesse de Cotonou des allures de protection d’un marché juteux. En réponse à l’absence de couverture sanitaire pour près de 60 millions de ses compatriotes Obama n’a pas hésité à jeter son état de grâce en pature aux conservateurs par le truchement d’un programme ambitieux. Il aurait pu se contenter d’une grande représentation colorée comme lors de l’appel de Cotonou en lieu et place d’une véritable solution à l’accès aux médicaments et aux soins. L’absence à Cotonou du Nigeria, plus grand pourvoyeur de faux médicaments confirme que l’objectif était plus des retrouvailles entre coquins.

Si les faux médicaments n’avaient pas existé, la Chiraquie allait l’inventer…

Par Arimi Choubadé
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