L’alternative au vide ?

lundi 19 octobre 2009 par Arimi Choubadé

En parcourant le fourmillement intellectuel autour de l’actualité politique béninoise sur le portail de Face book on ne pouvait pas éviter l’interpellation d’un certain Epiphane Christian Toho au sujet de la responsabilité de l’opposition. Mais avant d’y revenir, une de ses remarques s’adresse directement à la ligne éditoriale du journal Nokoué qu’il trouve trop critique à l’endroit de Yayi et pas assez vis-à-vis des adversaires du régime. La réponse vient du simple fait que cette tribune a toujours exclu toute posture de référentiel vis-à-vis du bien et du mal, de détenteur de la vérité absolue ou du vertueux infaillible. Pas de prétention à distribuer des points aux acteurs de la vie publique d’un camp comme de l’autre. Le choix se veut critique par rapport à l’action gouvernementale. Tout comme foisonne dans le champ médiatique béninois une flopé de titres qui encensent quotidiennement l’émergence. Nokoué s’est frayé sa ligne, sans oscillation prétentieuse, sans pédantisme et sans imposture. Critique à Yayi comme elle l’a été critique avec Kérékou et peut-être avec le prochain prétendant à la Marina. Parenthèses !!!

De la raillerie en vogue chez les émergents au sujet des propositions alternatives au gouvernement Yayi ? Un argument qui fonctionne comme un tourniquet applicable à toutes les attaques contre le mode opératoire du Changement. Chaque fois que l’Etat-Fcbe se fait prendre à défaut, ses thuriféraires se rabattent automatiquement sur l’absence de contre-proposition du camp d’en face. Soit. Encore faudrait-il mettre à disposition le projet initial contre lequel on exige l’alternative. Au bout de 3 ans d’exercice, la boussole qui guide l’action du docteur-président ne se manifeste toujours pas à la lanterne des Béninois. Autant proposer une alternative à quelque chose qui n’existe pas. Cela revient à peu près à demander à un Adrien Houngbédji de contrer un brasseur de vent, un « gouvernement ventilateur ». En clair, le programme du Changement n’existe que par des slogans et des incantations. Personne ne connaît le projet de la gratuité dans l’enseignement maternel et primaire par exemple. Une déclinaison pensée aurait mis à disposition de l’opinion publique des statistiques au sujet de l’incidence de cette mesure sur le budget des établissements scolaires concernés, le type d’école espéré au bout d’un temps (2 ans, 5 ans, 10 ans…), l’éventualité de son élargissement aux autres secteurs d’enseignement à savoir le secondaire, le technique et le professionnel. Et enfin l’idéologie qui soutient la réforme. C’est autour de données précises et appréciables que l’on peut solliciter et exiger l’alternative. Or, tout le monde a appris la décision de gratuité par un coup de sens comme on en a l’habitude depuis avril 2006.

Qui connaît les projets politiques qui sous-tendent la gratuité de la césarienne, la gratuité des soins aux enfants de moins de 5 ans, la mécanisation de l’agriculture, les micro-crédits aux plus pauvres et tutti quanti ? L’opposition ne saurait se réduire à des réponses aux émotions d’un chef déifié. On aurait remarqué que depuis l’avènement du régime du Changement, la République ne se régule plus sur la base de principes admis et consacrés. Désormais, les ordres dans l’administration publique sont fonction des reportages faits à la télévision sur les faits et gestes du chef de l’Etat. On en vient presque à oublier que l’exigence première, c’est le projet gouvernemental autour duquel peut s’articuler l’alternative. A supposer même que la contre-proposition des adversaires du pouvoir existe. Faudrait-il lui trouver un canal pour sa diffusion lorsqu’on sait tout ce qui se dit dans les rangs des « G » et « F » sur l’accessibilité aux médias en l’occurrence ceux du secteur public.

Il n’y a, hélas ! que le « spectacle » pour répondre au spectacle, mon cher ami Toho…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/597-l-alternative-au-vide.html

Messages

  • Je me suis contenté, dans une réaction toute récente, d’un laconique "Salut l’artiste". Je me vois contraint d’en dire davantage devant la qualité de votre plume. Rarement, puissance d’argumentaire, pertinence du propos et fluidité stylistique n’ont atteint ce niveau dans notre microcosme médiatique national.

    Oui, Cher Arimi, votre prose précise et acerbe à souhait se bois comme du petit lait ! Constant dans votre ligne éditoriale d’approter une analyse critique à l’actualité politique nationale (quelques fois internationale), vous honorer votre profession, votre journale, votre pays, voire !...avec talent et courage.

    Bravo l’artiste ! c’est le moindre de vos mérites.

  • Mon cher Arimi, je te propose de mettre tes EDITORIAUX dans un receuil que les population qui n’ont pas accès au net puisse les lire. Tout ce que tu dis est vrais et personne ne peut démontrer le contraire. Le reste n’est que des masturbations intélectuelles des pseudos politiciens venus en politiques en 2006 et les vieux politicards , éternels mouvanciers et qui se rangent quelque soit le regime, du coté du pouvoir.
    Du courage mon frère.
    Merci de continuer !

  • Salut Arimi,
    J avoue que pour une premiere visite j ai ete pris au piege, par la pertinence et la consistance de tes arguments. Rassures toi ma jouissance a ete totale.

  • Salut l’artiste,
    Oui je me permets aussi de t’appeler ainsi car tu le mérite.
    Roméo, tu parle de jouissance, moi je suis en extase et chaque fois que je lis son éditorial. Le comble pour moi est que je l’avais toujours pris pour ces écrivaillons qui caressent le pouvoir dans le sens des poils ou qui l’attaquent juste pour se faire voir.
    Depuis quelques années (au moins dix) que je lis tes Arimi, j’ai finis par me résoudre au fait que tu aborde tous les sujets avec conviction et professionnalisme. Je m’en réjouis et me convaincs une fois encore qu’on peut naître d’un milieu modeste et garder sa dignité.
    Courage

  • Monsieur, je ne vous connais pas et je ne sais pas si je vous ai déjà vu. Tant de talents, cela doit se protéger. Faites attention pour ne pas vous livrer à ses sauvages en poste actuellement. Ce serait triste de vous gaspiller Monsieur. Si vous étiez une action à la Bourse je miserais dessus à coup sûr pour le futur. À condition bien sûr que vous vous protégiez. Quelle précision ! Quelle pertinence ! Quelle lucidité ! Vous savez, les tyrans n’aiment pas ça. Je vous exhorte donc à mener une vie vertueuse, irréprochable. Vous éviteriez ainsi de porter tâche à ce que vous partagez là avec nous. Faites attention à là où vous mangez. Faites attention là où vous allez boire. Sachez choisir votre compagne et vos proches en dehors du sang. Dès que vous avez révélé votre valeur, vous n’avez pas le droit de la gaspiller, car il devient un trésor de la patrie. Alors trésor Raïmi nous comptons sur vous et espérons vous compter parmi nous pour longtemps, pour vous voir évoluer, croître puis inspirer d’autres Raïmi potentiels et leur éviter le découragement causé par la situation actuelle. Grosse tâche je le sais. Du courage et n’hésitez pas à crier, nous vous écoutons.