Le dialogue des impossibles…

mercredi 13 janvier 2010 par Arimi Choubadé

Les « Unionistes » chez Yayi. Le timbre chevrotant du doyen Amoussou sur le perron de la Marina plante un décor que l’on sait plein d’inimitié et de ressentiment. L’ultimatum à peine voilé du porte parole de l’Union au sujet du processus de réalisation de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) dévoile la quintessence des échanges. Décodage : « nous, unionistes, par ma voix, moi, Bruno Amoussou alias Renard de Djakotomey, avions dit très clairement au chef de l’Etat que nous sommes contre l’attelage incestueux qu’il s’est constitué avec le président de la Cps /Lépi, Epiphane Quenum. Mais comme nous les savons suicidaires et jusqu’au-boutistes dans leurs prises de position respectives, nous leur rappelons à la face du monde que nous détenons le pouvoir législatif capable de les faire plier ». Je présume que les portes et les fenêtres du palais de la Présidence de la République ont dû vriller après ces coups de semonces dans l’antre même du yayisme radical.

La délégation de UN ne pouvait se méprendre sur ce qui l’attendait au cabinet de Yayi. Une écoute polie, pas plus. Rien à faire par contre en ce qui concerne les oeillades meurtrières envers Houngbédji ; ce challenger du second tour de la présidentielle 2006 qui arbore de plus en plus la posture de l’alter ego en multipliant les répliques solennelles aux sorties médiatiques du chef de l’Etat. De quoi irriter un docteur-président souvent agacé par cette propension à faire croire qu’en dehors de lui, la classe politique béninoise est loin d’être un désert. Froideur garantie également pour Léhady de plus en plus versé dans l’activisme pro alternance en 2011. Le tapis rouge pour son papa à la Marina , l’accolade même factice au domicile familiale des Soglo à Bohicon puis les vœux présidentiels à la Haie-Vive à Cotonou auraient dû inspirer Vinagnon à se faire représenter au sein de cette délégation « unioniste » plutôt que de venir en personne. Et puis ce Fagbohoun qui ne semble pas du tout ému de la contrition du docteur-président à son égard au cours d’une récente randonnée électoraliste à Adja-Ouèrè.

Aucune possibilité de trouver des trous de conjugaison entre les deux camps même pas sur le plan idéologique. Yayi rêve tout simplement de les mettre tous en retraite anticipée. Cette vieille classe politique à liquider sans autre forme de procès. Ces vis-à-vis, eux, revendiquent un retour pur et simple aux fondamentaux de la conférence nationale de février 1990 et de la constitution de la même année qui prônent la prépondérance des partis politiques dans l’animation de la vie publique, le respect des prérogatives des institutions, la séparation des pouvoirs, la laïcité de l’Etat, le refus de l’impunité etc…A l’exception de Houngbédji, tous les visiteurs de ce 07 janvier 2010 en voyant Yayi ne peuvent s’empêcher de penser aux échanges de signatures tous azimuts entre les deux tours de la présidentielle de 2006. Ces fameux accords de gouvernement apparus à la formation du premier gouvernement du Changement comme de grossiers instruments de tromperie et de ruse. Ce qui rend le face-à-face du 07 janvier encore plus anecdotique.

Ces références sont d’une grande simplification pour le débat politique béninois. Les « unionistes », du moins pour ceux d’entre eux qui ont fait un bout de chemin avec le banquier, savent à quoi s’en tenir lorsqu’on parle de parole donnée dans leurs rapports avec les émergents. De l’autre, les émergents se savent rejeter par cette classe politique vis-à-vis de laquelle ils se croient obligés d’user d’expédients dolosifs. Les positions ainsi campées, il n’y a plus de place au doute et à l’inconnu. Chacun vient pour jouer des tours à l’autre. Malheur aux plus naïfs.

Que les chiens de faïence se régalent donc.

Par Arimi Choubadé
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