Un 11ème commandement…

jeudi 4 février 2010 par Arimi Choubadé

L’apocalypse sans la Lépi. Les évêques béninois viennent de faire mentir une autre phrase que l’on croyait biblique : « nul n’est prophète chez soi ». Prophétisant que la nation toute entière court à sa perte si la Liste électorale permanente informatisée n’était pas réalisée. Appréciez les vertus décelées dans cette affaire par le clergé béninois : « coopératrice de vérité », « chemin de justice », « véritable instrument de paix », « gage de développement ». Une incontestable canonisation qui ne fait pas économie de l’emphase et de la ferveur ; compréhensible chez des religieux. Peut-être une recommandation du Vatican afin d’éviter que les lendemains de fumée blanche ne soient perçus comme des complots contre les noirs par exemple. Un peuple comme celui du Bénin se sentirait moins frustré que son Cardinal Bernardin Gantin n’ait jamais été consacré pape de son vivant malgré son impressionnant parcours dans les arcanes du saint-siège.

Côté politique, le plongeon des évêques dans l’infecte marre du débat autour de la Lépi est plus cocasse. Chacun l’a certainement lu avec des lorgnons qui l’arrangent bien. On voit bien à la jubilation des gens du pouvoir que la lettre épiscopale de janvier 2010 peut s’interpréter comme un soutien inespéré au chef de l’Etat et alliés. La stigmatisation des « ennemis de la transparence » et l’exhortation à un « sursaut patriotique » empruntent opportunément à la propagande des émergents dans un contexte d’activisme débordant des « jeunes patriotes » soutenant le Changement. Pendant qu’une proposition d’abrogation de la loi sur la Lépi initiée par un groupe de députés adversaires du régime est introduite dans le circuit parlementaire. La lettre des évêques ne dit pas le modèle en Afrique ou ailleurs sur lequel se fonde leur divine inspiration sur la Lépi.

Pourtant, il existe des passages qui ne contredisent pas derechef les visés des anti-yayistes. La recommandation de l’élaboration d’un nouveau chronogramme suppose la remise en cause de celui existant sujet à polémique. Or tout bouleversement du calendrier équivaut à l’impossibilité d’utiliser cet instrument en 2011. L’appel à « une concertation permanente des différents acteurs » et le besoin de « consensus » réclamé à cor et à cri par les opposants sont comme deux bébés siamois. Ce qui a motivé l’audience obtenue par Houngbédji, Amoussou, Léhady, Sèhouéto et amis auprès du président Yayi Boni au début de l’année 2010. Un semblant de dialogue qui n’empêche pas chaque camp d’ignorer royalement son vis-à-vis. Le processus lancé par le gouvernement en lieu et place des organes légalement compétents se poursuit pendant que ses contradicteurs essaient de lui couper l’herbe sous les pieds en supprimant l’existence légale de la Lépi version émergence.

Sur les moyens, les tâches assignées restent assez évasives sur les destinataires. Puisqu’ils ont décidé d’investir l’arène politique qu’ils aillent jusqu’au bout. La Lépi est exclusivement au service du jeu politique et devrait normalement se régler entre politiques sans l’intrusion du religieux. Le conflit de compétence entre la Cps-Lépi et la Mirena , la désignation du neuvième membre de cette Mirena, la mise à disposition des fonds à ses deux structures ainsi que l’élaboration d’un nouveau chronogramme sont justement dans l’impasse depuis plusieurs semaines pour des considérations partisanes. La seule évocation de la vierge Marie ne suffit pas pour faire fondre les goulots d’étranglement par enchantement. Les méthodes utilisées par les camps en présence afin de se neutraliser n’ont rien de « catholiques ». Il est donc à craindre que la sacralisation de la Lépi par l’épiscopat béninois ne serve qu’à rajouter à une polémique déjà très malsaine.

Au nom de la vierge Marie…

Par Arimi Choubadé
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