Ne se lasse jamais des crises…

jeudi 11 février 2010 par Arimi Choubadé

Le désormais incontournable credo du Changement. Régime né dans l’incertitude et l’anxiété. Lorsqu’à la vielle du premier tour de la présidentielle de 2006, un certain candidat Yayi Boni écrit de sa belle plume à la Commission électorale nationale autonome (Cena) pour demander un report du scrutin du fait de suspicions qui pèseraient sur tout le processus. Doutes volatilisés dès l’obtention des 35% loin devant le second à 25%. Personne au sein du staff du banquier-candidat n’a alors daigné faire échos à la fureur de Mathieu Kérékou qui promettait un recomptage à l’américaine du fait d’une prétendue disparition de près de un million de bulletins de vote. Des accusations volontairement vagues du grand K, grand manipulateur devant l’éternel. La reconnaissance quasi instantanée de Houngbédji de la victoire de son adversaire du second tour a permis de clore ce chapitre plus tôt qu’espérer, coupant l’herbe sous les pieds des pêcheurs en eau trouble.

Mais aussitôt la toge de chef de l’Etat enfilée, le docteur-président retrouve son penchant de provocateur pyromane. Les paysans étaient les premiers surpris de l’invasion de leurs champs de coton par d’impressionnants cortèges de nouveaux princes fraîchement investis. A peine si les ministres ne portaient pas à bout de bras les liasses de coupures de banque jusqu’au milieu des sillons. Près de 14 milliards pour booster la production de coton et la tirer à 600.000 tonnes l’an. La dégringolade des tonnages d’année en année (de 250.000 à 150.000 tonnes) vient prouver que les objectifs n’étaient pas ceux annoncés au départ. On était à mille lieux d’imaginer que la ou les cibles n’étaient rien d’autres que les grands promoteurs du secteur. Remplacer les anciens animateurs du secteur par des politiquement inféodés comme ces videurs lancés à l’assaut des anciens collaborateurs de l’ancien locataire de la Marina dès que ce dernier eut tourné le dos après la cérémonie de passation de service.

Le véritable programme reconnu au Changement demeure la volonté de mettre ses hommes partout. Transformant le pays en un gigantesque damier où se bousculent les pions. Un projet qui ne s’exécute que dans les tensions au prix d’une instrumentalisation à outrance de l’appareil d’Etat. Aucun domaine ne devrait être épargné. Aux premières loges, les entreprises de Gsm dont certaines ont vu jusqu’à leurs conseils d’administration « remaniés » sous les coups de boutoirs voire les chantages des idéologues du pouvoir. D’autres opérateurs d’envergure en repérage se voient livrés à la vindicte populaire à travers la publication de leurs noms dans la presse au motif qu’ils seraient débiteurs du trésor public. La menace est parfois passée à la phase d’exécution avec l’enlèvement et l’embastillement de Séfou Fagbohoun à la prison civile de Cotonou. Daouda Lawal, Issa Salifou, Séverin Adjovi, Adjavon Sébastien, Martin Rodriguez et même Patrice Talon ont échappé de peu au croc de boucher. Mais ce n’est pas l’envie qui a manqué aux émergents.

L’ordre nouveau s’est essayé également sur la scène politique avec pour leitmotiv l’éradication de la vielle classe politique ; le milieu syndical n’en est pas du reste. Bref, les agitations deviennent des palliatifs indispensables à l’oisiveté ambiante causée par l’absence de programme de gouvernement. Comme pour démontrer l’effet dopant des crises sur son fonctionnement, le docteur-président se délecte à présenter au parlement des projets de budget en constante croissance. Rien que pour 2010 où Obama n’a pu résister à la révision en baisse des prétentions de puissance et de domination sur le monde des Etats-Unis, Yayi lui crève encore une fois les plafonds des prévisions budgétaires au Bénin. parce que la crise, on s’en fout sous le Changement.

Le Changement sans ces crises ? Un long fleuve ennuyeux et sans intérêt…

Arimi Choubadé

Par Arimi Choubadé
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