Splendeurs de Françafrique…

jeudi 18 février 2010 par Arimi Choubadé

Février 2010, sommet de la Cedeao à Abuja, un inventaire sur le niveau de démocratie : Niger, Mauritanie, Guinée, Togo, Côte d’Ivoire, Burkina Faso. Coups d’Etat, manipulations de constitutions, rébellion, successions dynastiques, élections tronquées. Faut pas chercher trop loin le point commun des mauvais élèves ; tous de l’héritage de la Françafrique. À peine trois d’entre les francophones de l’Afrique de l’Ouest peuvent se targuer d’une relative instabilité. Ce qui ne leur épargne pas de figurer sur la liste des pays à risque. Le Sénégal de Wade et le Bénin de Yayi ont fini d’inspirer la confiance totale à la communauté internationale. Le boycott des présidentielles sénégalaises de 2005 et les mesures exceptionnelles caractéristiques des pays en guerre auxquelles le Bénin est régulièrement soumis depuis 2007. Le Mali pourrait revendiquer le titre de l’îlot démocratique par excellence n’eut été l’insurrection armée touareg dans le nord du pays.

L’Élysée, actuellement en pleine conjecture sur le cinquantenaire des indépendances des anciennes colonies, serait très intéressé de recevoir la primeur des conclusions du diagnostic d’Abuja sur l’espace Cedeao. Les idéologues de l’hexagone comprendrait mieux pourquoi à chaque fièvre à Lomé, à Abidjan, à Nouakchott ou à Conakry les diplomates français sont les premiers exposés. On aurait pu étendre l’exercice vers l’Afrique centrale avec les soubresauts dans les Congo, le Tchad, la Centrafrique , le Gabon voire le Cameroun. Même Madagascar isolé en plein océan indien n’échappe pas à la maladie congénitale des francophones d’Afrique. Cela ne procède pas d’un anti-colonialisme primaire ou d’un nationalisme obtus. Il doit bien exister une explication à cette « malédiction » sur les francophones d’Afrique.

Personne n’en voudrait aux autres Etats du continent d’opter pour la mise en quarantaine pure et simple des tarés de la classe. Le Libéria et la Sierra Léone ont bel et bien souffert de cette proximité des relais de la Françafrique. Le rôle de plate forme des réseaux mafieux et des trafics en tout genre joué par la Côte d’Ivoire de Houphouët-Boigny, le Burkina Faso de Blaise Compaoré et le Togo de Eyadema ont régulièrement défrayé la chronique. Le Nigeria peut en dire autant après l’effroyable guerre du Biafra qui a connue la participation active de mercenaires aux accents français. Imaginez ce géant aux mains de la Françafrique ; personne ne lui donnerait une décennie avant la déflagration générale aux conséquences incalculables sur tout le continent. Malgré, les esbroufes de l’intolérance religieuses, l’odeur du pétrole, les clivages ethniques, la barque Nigeria tient toujours et parait beaucoup plus solide que les poudrières du Togo, de la Guinée , du Gabon, de Madagascar et d’autres pré carrés élyséens.

Un peu de sociologie politique aurait pu enseigner aux « yayistes » qu’on ne saurait atteindre la croissance à deux chiffres dans un environnement aussi pourri que l’espace Cedeao. L’intégration européenne a bien mis de nombreux pays en rade durant des années avant de les incorporer. Les élargissements se font sur des conditions de gouvernance et de démocratie précises. Rien à voir avec la revue des « cancres » regroupés en machins inopérants du genre Uemoa, Cemac et consorts. Des bastions de francophones. Pas de tri, pas de convergence de principes, pas d’idéaux partagés. Côte à côte des soldats putschistes, des héritiers auteurs de massacres de populations, des manipulateurs de lois fondamentales et quelques rares démocrates. Tous à la même table discourant sur l’avenir des peuples. Le rêve d’émergence véritable n’est possible que dans les espaces entièrement hors d’attente de la Françafrique : le fameux miracle d’Afrique australe.

Être francophones ou être épanouis ; si seulement on pouvait choisir !!!

Par Arimi Choubadé
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