Il y a pire que la Lépi en 2011…

mercredi 10 mars 2010 par Arimi Choubadé

Le nouveau canular du régime ? Cette subite passion du docteur-président pour la réalisation de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi). Il n’y aurait jamais crise autour du processus si le chef de l’Etat n’en a pas fait un préalable en vue de la tenue des législatives et présidentielle de 2011. Le garant de la constitution se refuse de garantir l’organisation dans les délais constitutionnels malgré son serment solennel d’avril 2006 sur l’esplanade du palais des gouverneurs à Porto-novo sous le prétexte d’assainissement du fichier électoral. Ceci, curieusement, au lendemain du contrôle total de la Cour constitutionnelle par l’Etat-Fcbe. Une couche supplémentaire de ce diktat est survenue à la veille du 1er août 2008 avec l’annonce par le chef de l’Etat, encore lui, d’un référendum dans le premier trimestre 2009. Le dol ayant abouti à l’adoption de la loi sur la Lépi et sa mise en route à la hussarde en rajoutent à l’explosivité du cocktail. Voilà comment le docteur-président a fabriqué de toute pièce une énième tempête politique.

La ferveur avec laquelle les émergents alimentent au quotidien ce foyer incandescent trahi un dessein moins noble que l’assainissement du fichier électoral. Puisque le point de départ de tout l’échafaudage autour de la Lépi remonte bizarrement à la tension politique née de la désignation des 7 membres de la Cour constitutionnelle tous d’obédience « cauris » c’est-à-dire proches de Yayi. Un hold-up qui a failli provoquer un nouvel « hémicyclone » qui aurait pu emporter Maturin Nago. G et F avaient alors décidé de porter l’estocade de la contestation des prochains juges électoraux de 2011 à son paroxysme à travers le séminaire d’Abomey-Bohicon. Or depuis que la Marina a mis en scène l’histoire de la Lépi , le contentieux Cour constitutionnelle a disparu des tablettes. Les « sages » eux même se font tout petit comme des athlètes mis au vert en attente de la grande compétition de 2011. À peine s’ils se prononcent sur quelques broutilles après de longs mois d’attente. Grâce aux ordonnances, le docteur-président espère tenir jusqu’à l’échéance prévue pour son rempilage.

Unionistes et G13 savent que la chute de Quenum ne doit en rien à leur abnégation ou à une quelconque vigilance à toute épreuve. La destitution a été voulue et obtenue par les limiers de la Marina. Sans leurs ouailles aux ordres de l’organe, l’unanimité observée n’aurait jamais été possible. C’est bien la sainte alliance parlementaire anti-Lépi qui pâtit de la bourrasque provoquée par Rosine Soglo au sujet de l’éventuel successeur du président de la Cps. Les émergents avaient là l’occasion de pourrir davantage l’atmosphère politique et de semer la zizanie dans le camp de ses adversaires. Pendant ce temps, les sages de la Cour poursuivent leur mis au vert tout en continuant à peaufiner les scénarii probables en 2011. De la diversion calculée. Chaque plume de perdue par unionistes et G13 sur le plan de la cohésion du groupe, de l’organisation interne et de la stratégie rapprochent davantage Yayi de sa propre réélection.

Au-delà de l’assainissement de la liste électorale, le contentieux électoral est d’un enjeu infiniment plus préoccupant. Lépi ou pas, c’est aux sages de proclamer l’élu de leur choix. Surtout qu’en plus d’être juges électoraux, la constitution leur attribue des rôles d’administrateurs des élections puisqu’il leur est permis de faire des « constatations » par eux-mêmes grâce à des agents recrutés et déployés sur le terrain. Le pouvoir réel appartient finalement à ses auxiliaires dont les rapports peuvent légitimer ou non des résultats des urnes. On peut compter sur les instincts hégémoniques de l’Etat-Fcbe pour préjuger d’ores et déjà du profil des probables assistants des sages de la Cour constitutionnelle. Dire qu’il n’existe aucun recours après des proclamations de ces juges désignés unilatéralement par Yayi.

A quoi servirait une Lépi propre face à un juge électoral contesté…

Par Arimi Choubadé
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