C’est maintenant qu’il a besoin des marches de soutien…

mercredi 17 mars 2010 par Arimi Choubadé

Marcheurs, à vos souliers ! Le décompte des vrais amis du docteur-président a commencé depuis le 10 mars 2010. Personne ne pouvait présager ce retentissant flop après son spleen exprimé à haute voix devant micros et caméras. Organisateurs de marche de soutien ou de meeting de remerciement tous groggy, malgré la perspective évoquée par leur champion de ne pas être candidat en 2011. Disparus, ces frémissements populaires dont raffolent les médias sous contrat. Décidément, ces courtisans ne comprennent rien au « yayisme » dont les fondements idéologiques empruntent beaucoup d’ingrédients au défunt timonier de l’Est. A chaque lassitude, inquiétude ou exaspération du chef, ministres, députés, têtes couronnées, anonymes, saltimbanques, toute la nation dans sa diversité font le siège du domicile présidentiel pour implorer le patriarche afin qu’il n’abandonne jamais son peuple dévoué.

Leçon très mal assimilée par les émergents du Bénin. Ils ne marchent qu’en période d’angélisme, au moment où le miel coule à profusion. Les échos d’allégeance, de marches de soutien, de séances de prière et de meetings de remerciement affluent à la Marina à chaque prise d’ordonnance destinée à mettre en œuvre de gigantesques marchés publics au mépris de l’orthodoxie en la matière. Même frénésie propagandiste dès qu’un courtisan obtient un strapontin ou parvient à faire adopter l’opportunité de percevoir pour son propre compte des faux frais au port, à la douane, sur les axes routiers ou dans l’administration publique. De quoi alimenter les réseaux tentaculaires de l’Etat-Fcbe. Eglises et couvents s’emballent dans la ferveur en hommage au chef de l’Etat dès que ce dernier ouvre le robinet du trésor public en guise de subventions aux religions traditionnelles, aux chrétiens et aux musulmans. Le docteur-président-plus-que-Dieu pique une colère, menace de tout flanquer par-dessus bord, perd espoir en l’avenir et les soutiens se font désirer.

La tétanisation des yayistes peut se justifier par l’hyperactivité qui leur a été imposée depuis avril 2006. À l’image de ces athlètes super entraînés, gavés de produits dopants qui parviennent à la compétition proprement dite complètement épuisés. C’est avant même la formation du premier gouvernement que Yayi a eu droit à son premier show populiste. Femmes et zémidjans ont été jetés dans les rues de Cotonou au motif de défendre le profil du parfait ministre : exit anciens ministres, anciens candidats à la présidentielle, chefs de parti politique patati patata. À voir l’ossature de la dream team émergente trois à quatre ans après, on peut dire que les mœurs ont beaucoup évolué. Presque tous les ministres sont devenus chefs de parti politique sans que les mêmes marcheurs de 2006 ne s’en émeuvent outre mesure. Dieu seul sait combien de fois le macadam a été piétiné depuis lors soit en remerciement à l’exonération des frais de scolarité, à la subvention de la césarienne, à la privatisation de la Sonapra ou à n’importe fantaisie de gouvernement. Le chef de l’Etat lui-même s’est offert sa cure de jouvence à travers quelques calories perdues lors de la mémorable marche verte contre la corruption dans les rues de Cotonou en 2007.

Après la panne de réaction des émergents dès le lendemain du 10 mars, la propagande aura bien du mal à prouver la spontanéité des manifestations populaires en l’honneur du régime. Il faut bien une logistique appropriée pour faire déplacer et restaurer les applaudisseurs, régler les frais d’hôtels des équipes de reportage, payer la diffusion sur les radios et télévisions, assurer la restauration des invités. Un véritable budget que le seul amour pour le banquier-président ne suffit pas à boucler sans la bonne volonté de mécènes prêts à délier la bourse. Peut-être ont-ils été surpris par la bourde présidentielle du 10 mars. La perte de confiance du chef en l’avenir peut avoir eu un effet contagieux sur les courtisans. Prendre des risques pour quelqu’un qui se dit n’être candidat à rien en 2011 peut se révéler un investissement à perte.

On connaît les vrais amis dans le malheur…

Par Arimi Choubadé
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