La pitié se mérite…

jeudi 1er avril 2010 par Arimi Choubadé

Yayi, victime ou incarnation de la béninoiserie ? Réponse tranchée pour tous ceux qui brûlent des cierges, égrènent les chapelets, récitent les versets ou chantent les cantiques chaque week-end afin d’implorer la bénédiction du très haut sur le docteur-président ; proie facile d’intolérants avides de pouvoir. Le péril qui le guetterait est si imminent que d’autres bravent l’asphalte surchauffé à travers des marches de soutien au régime. Pathétique image du peuple malgré la misère et la pauvreté grandissante mobilisée derrière son intrépide prince. Tel Moïse, il s’est assigné pour mission de conduire son pays vers la félicité suprême, l’émergence avec des usines partout, les champs débordants de victuailles, le taux de croissance à deux chiffres. Du simple fait qu’il ait imaginé et exprimé ces nobles ambitions pour le Bénin suffit à s’indigner du refus de cette vieille classe politique à s’aplatir devant cet envoyé de Dieu, parfois plus-que-Dieu. Même s’il installe par ailleurs un système qui a complètement ruiné l’économie nationale et fait payer l’électricité, l’eau, le téléphone, le carburant, la bière et le transport plus cher qu’avant son arrivée au pouvoir.

Plus d’une fois déjà, la rhétorique d’un peuple du Bénin retors, attardé, réfractaire à l’évolution du monde et acariâtre a fait les gorges chaudes de commis du régime pour justifier les égarements de leur chef. Une sorte de fatalité rampante qui empêche Yayi d’atteindre ses objectifs et que pour cela, on doit beaucoup prier pour lui et son régime. La victime parfaite en quête de commisération de ses semblables. Vu sous cet angle, beaucoup de Béninois seraient prêts à oublier les véritables actes fondateurs de la déliquescence de la vie publique ; des actes téléguidés depuis l’antre même du docteur-président sis à Cadjèhoun. C’est là-bas que convergeaient tous les braillards de rue envoyés dictés les fameux critères de ministrables avant la formation du premier gouvernement. Personne n’a daigné prier, marcher ou prendre en pitié les professionnels de la politique que les émergents ont décidé d’envoyer à la retraite précipitée avant même que le docteur-président ne débarquent à la Marina.

En clair, les émergents étaient les premiers à dégainer en réclamant le remplacement de toute l’élite politique par un nouveau personnel recruter à partir de réseaux de coquins et de frères ethniques. A noter la parfaite symbiose entre Yayi et la rue à travers la remise en cause systématique des accords de gouvernement concoctés avec les différents partenaires d’entre les deux tours. Au motif que la classe politique serait désavouée, dépassée et à renouveler. Il s’agit d’une constance idéologique chez les émergents que cette tactique de la terre brûlée à chaque crise. On a bien vu que la Marina ne rechignait pas à voir tous les douaniers jetés par-dessus bord pour avoir osé aller en grève. L’hérésie est revenue en surface dès que les enseignants ont décidé à leur tour de déserter les salles de classe. Ainsi on renverrait tous les médecins du pays parce que le système de santé fonctionnerait mal comme on a dissout l’équipe nationale de football après son expédition à la Can Angola 2010.

Provocateur après les reniements des engagements avant la formation du premier gouvernement, provocateur à l’arrestation de Séfou Fagbohoun, provocateur lors de la demande de démission d’office du député Issa Salifou, avec la tentative de renversement du maire de Cotonou aux municipales de 2008. Ce même provocateur qui se plaint d’essuyer les conséquences de toutes ses attaques contre les autres. Le Changement ne va pas mal parce que des Béninois l’ont agressé ou l’ont combattu mais parce que le Changement s’est attelé à désincarner les valeurs qui fondent l’Etat du Bénin depuis plusieurs générations. En revisitant toutes les offenses et les humiliations infligées aux adversaires politiques, Yayi reverrait très certainement les causes de l’impasse à quelques mois de la fin de mandat.

Il a plus besoin de repentance que de pitié, mais !!!

Par Arimi Choubadé
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