Fermez les portes du palais des gouverneurs !!!

mercredi 7 avril 2010 par Arimi Choubadé

Ils ne peuvent même plus abroger une loi. On leur avait déjà enlevé la prérogative de refuser de voter le budget général de l’Etat, un collectif budgétaire ou une ratification. Les coups d’Etat déguisés en ordonnances présidentielles sont passés par-là. Des lurettes donc que la clé du palais des gouverneurs aurait dû être mis sous le paillasson. Les honorables ont mis trop de temps à intégrer la notion d’Etat-Fcbe, cette République sans parlement dont le projet politique ne s’accommode d’aucune autre légitimité autre que celle du docteur-président surtout pas celle de prétendus élus (ou représentants) du peuple. Les désirs et les lubies du prince font loi. Il ne voulait déjà pas de la révision de la constitution dès son arrivée au pouvoir en 2006. Les sages de l’époque n’osaient refuser quelque chose à ce surdoué venu de nulle part, plébiscité à 75% de l’électorat. C’est dès cet instant que le palais des gouverneurs aurait purement et simplement été rétrocédé à un promoteur touristique. Le parlement venait de perdre son droit à réviser la constitution. Défaut de « consensus national » lisait-on dans les considérants de la Cour constitutionnelle. C’était les sages qui s’autorisaient, en douce, une révision constitutionnelle puisque l’article 154 de la constitution qui parlait de la « majorité des trois quarts des membres composant l’Assemblée nationale » venait d’être affublé d’une particule supplémentaire : « consensus national ».

L’antiparlementarisme viscéral du régime Yayi arbore fièrement ses multiples facettes sans aucun complexe. La cinquième législature en a pris plein la figure. Ses députés ont pu entendre un ministre les traiter dans tous les médias sous contrat de « likpanon » (je vous épargne la traduction du fongbé en français pour ne pas heurter les âmes sensibles). C’est sous le Changement que les diatribes anti-parlement ont atteint des décibels jamais égalés. Les supplétifs émergents incorporés à la nébuleuse de société civile n’ont de cesse de marteler sur tous les toits à grand renfort médiatique que les Béninois ne méritent pas leurs députés. Le rituel des têtes couronnées payées pour maudire ces apatrides du palais des gouverneurs depuis le perron de la Marina participe des grands classiques du régime. Le cirque autour de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) en met une couche supplémentaire. Alors que les sages ont tous été recrutés dans les écuries cauris, ils se devraient d’opérer leur chirurgie constitutionnelle toute spéciale. L’article 35 de la constitution peut désormais s’employer à toutes les sauces du « yayisme » où on exige du sage des qualités de juge de conscience, de compétence, de probité, de dévouement et de loyauté des élus du peuple. La juste application du manuel du parfait « patriote » à partir de laquelle l’abrogation d’une loi peut être constitutive d’antipatriotisme. Là encore, les députés viennent de perdre leur droit d’abrogation puisqu’à chaque fois, il faut vérifier si la majorité parlementaire n’est pas en conflit avec la morale émergente selon les 7 sages.

De l’article 147 sur des traités internationaux menacés du fait de l’abrogation de la loi sur la Lépi. La Lépi, traité international ? Et même si ? Est-ce à dire que le Bénin par ses représentants élus n’est pas fondé par exemple à dénoncer des engagements pris avec l’extérieur ? La Mauritanie a bien abandonné la Cedeao à ses errements et inconstances. Heureusement qu’elle n’était pas régentée par des juges constitutionnels aussi bardés de sagesse que le Bénin du Changement. En touchant la Lépi, les députés béninois n’ont encore rien touché d’international. Le parallélisme des formes ne souffre d’aucune entorse. Habituellement, Yayi a recours à l’article 68 relatif aux mesures exceptionnelles pour se poser en garant du respect des engagements internationaux. On ne savait pas que c’est une prérogative qu’il se partage avec la Cour constitutionnelle au travers de l’article 147.

On aurait tout vu : du droit, de la politique, de la morale, du patriotisme…

Arimi Choubadé

Par Arimi Choubadé
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