Houngbédji révisionniste ???

vendredi 16 avril 2010 par Arimi Choubadé

Les psychologues émergents ont fait l’exploit de détecter un trait de caractère de Houngbédji, jusqu’ici inconnu du grand public. Le candidat unique unioniste pour la présidentielle de 2011 serait un accroc du pouvoir et porteur du vil dessein de faire réviser la constitution une fois ses quartiers généraux établis à la Marina ; l’article 44 de la constitution fixant la limite d’âge des présidentiables à 70 ne lui survivrait pas. Si les tenants de cette thèse avaient daigné consulter Rachidi Gbadamassi, ce dernier leur aurait expliqué que celui dont ils parlent est tout sauf un accroc du pouvoir. Le néo émergent anciennement G13 le voit plutôt comme un éternel démissionnaire dont la trajectoire politique est rythmée par des jets de tablier d’abord de son poste de magistrat, ensuite de la primature et enfin de la tête de la mairie de Porto-novo. Gbadamassi le voit même plier bagages de la Marina en plein mandat. Celui-là, un révisionniste désireux de conserver le pouvoir ?

L’Union fait la nation n’a pas les prérogatives de désigner un président de la République. C’est toujours utile de rappeler qu’à Fifadji, ce n’est que le porte-étendard de l’Union pour la présidentielle de 2011 qui a été désigné le 11 avril 2010. On présume que le vœu le plus cher de Houngbédji après avoir franchi l’étape de l’investiture de ses pairs unionistes c’est de décrocher la confiance de la majorité des Béninois au prix d’une bataille électorale qui s’annonce rude. Le dernier mot revient donc à l’électorat et non à d’obscures transactions entre alliés. Ce n’est que plus tard, et vraiment bien plus tard que le fameux dessein révisionniste pourra s’extérioriser. Or, une révision de la constitution passe par un préalable parlementaire inévitable : 3/4 des députés (63) pour aller au référendum, 4/5 (67) pour une révision directe par l’Assemblée nationale. Une révision par l’Assemblée nationale désormais quasi impossible après une décision de la Cour constitutionnelle en 2007. Elle a purement et simplement dénié au parlement toute possibilité de réviser l’article 60 la loi fondamentale pour défaut de « consensus ». Personne n’y comprenait quelque chose, mais le fait est là qu’il faut plus que la majorité qualifiée c’est-à-dire les 4/5ème du parlement. Il ne reste peut-être que l’éventualité d’un référendum.

Dans un cas comme dans l’autre, Houngbédji doit réussir l’exploit de vaincre toutes les ambitions au sein de son propre camp. Cela passe par une abdication de celui pressenti pour lui succéder à l’investiture de l’UN. On se demande bien ce qui pourrait contenter Léhady afin qu’il renonce à réclamer le retour d’ascenseur en 2016. Pour quelqu’un dont le grand oncle et le père ont été présidents de la République, être membre de gouvernement dans un régime présidentiel fort où le chef de l’Etat détient tout le pouvoir exécutif est un bien pâle strapontin. Après ce que Rosine Soglo a craché à propos du respect des engagements pris en ce qui concerne l’investiture de l’Union lors la séance de proclamation de l’ordre successoral, le scénario d’une révision opportunément favorable au maintien au pouvoir de Houngbédji est voué à l’échec. Les conjectures sur la troisième place de Adjovi visant à étayer la thèse d’un projet de manipulation constitutionnelle en rajoutent à l’hérésie. Adjovi n’a pas obtenu son positionnement après une opération de prestidigitation. Il a postulé à un appel à candidatures et les critères définis l’ont classé, dans l’ordre, derrière Houngbédji puis Léhady. Les conséquences juridiques et politiques viendront certainement après. Les affolements des émergents sur une éventuelle programmation jusqu’en 2021 ou une révision de la constitution peinent à résister à l’analyse. A moins qu’ils soient convaincus eux-mêmes que le pouvoir est déjà gagné pour Houngbédji en 2011 et que UN est en passe de conserver la Marina jusqu’au-delà de 2021.

Quand la peur tourne à l’hérésie…

Par Arimi Choubadé
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