Députés d’en face, députés d’à côté…

mardi 15 juin 2010 par Arimi Choubadé

Le compteur anti-cauris s’affole au sein de l’hémicycle. Lors du décompte du 10 juin 2010 à l’occasion du rejet de l’accord de prêt sur les micro-finances, le voyant indiquait 50 députés. Procurations, transferts onéreux, débauchages, aucun des expédients utilisés n’a réussi à préserver le cordon sanitaire de 35 élus pur sang de l’Etat-Fcbe. C’était plus facile pour les honorables émergés d’affubler les opposants d’« amis d’en face ». Ils ont désormais des amis bien plus encombrants, non pas en face, mais à côté. Ce n’est ni un « unioniste » ni un « tchanéiste » qui part en croisade contre des surfacturations sur l’achat de machines agricoles. La dénonciation de l’abandon d’Abomey ne vient pas de Malèhossou mais de son collègue émergent Eloi Aho. Le très fidèle parmi les fidèles, Maturin Nago n’a pu s’empêcher de se pincer le nez face aux senteurs pestilentielles des scandales à répétition sous le Changement dans un discours d’ouverture de session parlementaire. En cette fin de mandat, la magie peine à entretenir la flamme dévastatrice qui a fait des siennes en 2006 et 2007.

Qu’on ne s’y trompe pas. La passion ne s’est pas éteinte par une opération du saint esprit. Il faut chercher les causes du désamour ambiant au sein de la troupe dans le mode opératoire du docteur-président, très jaloux de son omniscience et de son omnipotence. Aucune autre légitimité ne devrait coexister avec la sienne. Aux yeux de la Marina, un député Fcbe ne vaut pas grand-chose par lui-même sans l’onction Yayi. La mission parlementaire revient à lever le doigt ou à ne pas le faire suivant les désirs du grand maître. Et surtout à se préparer à dégager le plancher dès la prochaine législature. On n’exclut pas que certains se prennent à rêver d’émancipation voire de rébellion.

La traduction du dénie de légitimité aux députés Fcbe est visible par la diarchie entretenue sur le terrain. Chaque élu émergent doit subir un marquage strict de la part d’un correspondant au gouvernement ou à la présidence de la République. C’est ce correspondant qui se charge d’indiquer à la populace que tout vient de Yayi et que tout part vers lui. C’est ce correspondant qui, grâce aux ristournes en dizaines de milliards charriées par les innombrables scandales politico financiers expliquent aux gens de ne pas trop s’attacher à un élu même Fcbe puisqu’il peut arriver que le chef décide de changer d’opinion à son sujet à la consultation d’après. Des députés Fcbe sont très souvent exclus du protocole au cours des multiples parades présidentielles en hélicoptère. Yahouédéhou n’a rien à dire quand Yayi passe à Covè ; le ministre Dovonou assure royalement le rôle de digne fils du pays Agonlin. A Dassa, c’est le ministre Fagnon qui dicte la loi émergente en lieu et place de Dassoundo. Tout comme les ministres Zinzindohoué et Ahanhanzo qui ombragent ostensiblement la légitimité de Eloi Aho à Abomey et environs.

En traitant les parlementaires émergents avec autant de mépris, les gourous de la Marina ne s’imaginent pas commettant une mauvaise action. Eux ne voient que tous les artifices mis en place par le pouvoir afin de contrecarrer la vieille classe politique : refus de financer correctement le processus électoral de 2007, introduction de l’armée dans le transport du matériel électoral, prétendu braquage du cortège présidentiel à la hauteur de Kilibo, terreur militaro financière imposée à tous ceux qui ont refusés d’intégrer la liste unique de Yayi. Les 35 élus Fcbe sont donc le fruit de la conjonction de tous ces facteurs et non le résultat d’une quelconque crédibilité intrinsèque ; des profiteurs sans envergue en somme.

Sauf qu’ils refusent de subir…

Par Arimi Choubadé
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