La mafia de la Lépi…

jeudi 24 juin 2010 par Arimi Choubadé

Suspicion, mystère, trahison, gros sous, menace, révélation, lutte de clan, régionalisme. Rassurez-vous, ce n’est pas de narcotrafiquants, de cartels sicilien, colombien ou mexicain qu’il est question mais de la réalisation d’une Liste électorale permanente informatisée au Bénin. Un processus qui a déjà coûté près de trois ans de prison à un ancien ministre de Kérékou et qui pourrait en renvoyer davantage derrière les barreaux à en croire un autre ancien, superviseur général de la Commission permanente de supervision de la Lépi. Alors que les porteurs de bonne nouvelle annonçaient l’avènement d’une ère de consensus, de transparence, d’élections propres, de modernisation du fichier électoral et de retard démocratique à combler pour le Bénin. Voilà que les protagonistes supposés du processus ne parviennent pas à échanger quelques mots autour de cette affaire sans tomber dans l’affrontement, les frictions, les invectives. La nouvelle folie de la République.

Deux phases seulement de cette Lépi et l’ampleur du désastre fait froid dans le dos. D’abord le mystère de la désignation du superviseur général de la Cps/Lépi. Un opposant succède à un opposant, ironie du sort, à chaque fois contre les autres opposants ultra minoritaires pourtant au sein de la structure. Ces mêmes opposants qui ont dû claquer la porte de l’institution bien que ce soit un des leur qui le préside. Le tout sur fond de tensions aux relents régionalistes. Le coup de gueule de Rosine Soglo à la veille du débarquement de Epiphane Quenum au profit de Alifari Bako résonne encore dans les tympans et apparaît comme un tournant historique pour les frictions régionalistes très en vogue depuis l’avènement du régime dit du Changement. Comble du mystère, personne n’a jamais su pourquoi Epiphane Quenum a perdu la confiance du camp du chef de l’Etat qui l’a porté et qui a contribué à le faire remplacer par un autre.

Et patatras à l’occasion du déroulement du processus proprement dit. Cartographie censitaire et recensement porte-à-porte furent une grande démonstration de Bénin de négation de la loi, de jonglage, d’improvisation et d’approximation. La seule volonté du superviseur de la Cps/Lépi fait force de loi. Il peut faire fi du profil légal exigé pour les cartographes, ignorer les organismes étatiques spécialisés en statistiques, décider d’allonger à souhait les délais de recensement, choisir d’installer des postes fixes pour suppléer le porte-à-porte, porter les correctifs de la phase de cartographie censitaire sans se référer aux autres acteurs du processus. Le règne du puissant parrain omnipotent et omniscient. Que dire alors des agents recenseurs réduits littéralement en esclavage ? Privés de droit à la revendication, d’émolument durant les travaux de terrain, soumis à un contrat imposé à durée modelable à souhait sans incidence financière et aux menaces de poursuites judiciaires en cas de prétendu sabotage.

Le camp présidentiel ne se cache même pas des absurdités observées autour des résultats de tout ce capharnaüm. La vérité des chiffres clame-t-on lorsqu’en 5 ans, la démographie est en galop au nord alors qu’elle régresse au sud. Alors qu’on parle ici de science et de statistiques. Les données de 2003 sont issues d’un recensement national classique de la population fait par des professionnels de la statistiques suivant les normes en vigueur sur le plan international. Celui de 2010 (Lépi) est une crue indigeste, œuvre d’agents mal formés, impayés, livrés aux aléas des incertitudes lors du démarrage des opérations, sous la supervision d’une structure de politicards. La Lépi apparaît désormais comme la grande porte d’accès du malheur sur le paisible Bénin. Dire que cette machine de division, de haine et de tension bénéficie de l’appui de contribuables de l’Union européenne et d’autres partenaires comme le Pnud.

Il ne reste qu’à croiser les doigts…

Par Arimi Choubadé
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