Jamais de preuves à la Marina…

mercredi 7 juillet 2010 par Arimi Choubadé

Il a fallu du temps pour décrypter la devise de la Marina : « responsable mais pas coupable ». Une devise qui a parfaitement fonctionné avec le dossier Société béninoise d’énergie électrique (Sbee). Le conseil des ministres avait juste identifié quelques responsables de passations de marché gré à gré illégales, des surfacturations, des décaissements fantaisistes et beaucoup d’autres irrégularités. On a même entendu des noms de ces responsables. Mais comme ils ne sont finalement coupables de rien conformément à la fameuse devise du chef, aucune action n’a été engagée contre eux. Au contraire, ils ont été admis à se faire octroyer une immunité parlementaire après s’être faits élire sur les listes du chef de l’Etat aux législatives de 2007. Les intrants de la mort pour les milliers de cotonniers n’ont pas échappé à la règle des responsables pas coupables. Même si la principale culture d’exportation du pays est passée d’une production de 450 mille tonnes à près 176 mille plongeant l’économie nationale dans les abîmes. De la même manière qu’on connaît les responsables du scandale de la Cen-Sad, tous réhabilités parce que non coupables. Et les exemples se multiplient sous le Changement à propos de ces entorses à la bonne gestion restées impunies faute de coupables.

Pas de coupables parce qu’il n’y a jamais de preuves. Une hantise de l’inquisition contradictoire qui est apparue au grand jour grâce au sulfureux dossier sur l’achat des machines agricoles. L’ubuesque face à face entre Janvier Yahouédéhou et son camarade Fcbe, le ministre Grégoire Akoffodji au sein de l’hémicycle le jeudi 1er juillet 2010 fut le révélateur de cette aversion viscérale de la Marina vis-à-vis du genre « enquêtes documentées ». On pouvait constater l’abysse entre d’un côté un représentant du chef de l’Etat enfoncé dans une missive sans relief ne contenant aucune référence de vérification indépendante et de l’autre le député accusateur qui fourmillait de documents, de références, d’adresses accessibles depuis une connexion Internet, de numéros de téléphone et de fax. Sur un tout autre dossier, celui des micro-finances, on a bien remarqué le numéro de soliste du Directeur général des Micro-Finances le 05 juillet 2010 invité du Jt sur Golfe Tv dans ses démonstrations arrogantes à la limite de l’injure. Encore une fois personne n’a entendu des références vérifiables en dehors de l’annonce d’une étude d’impact que sa structure s’apprêterait à commanditer et à financer.

La lutte contre la corruption, le devoir de compte rendu, la reddition des comptes ; toutes ses professions de foi se résument à la célèbre marche verte contre la corruption dirigée par le chef de l’Etat en personne suivie d’une valse de déclarations sans incidence particulière suivant la formule désormais célèbre du responsable non coupable. Des sommets de cette indolence ont été atteints à partir de cette gigantesque escroquerie autour du phénomène du placement magique d’argent crédité de taux d’intérêt à trois chiffres, s’il vous plait. Les escrocs-placeurs ont été vus en convives du chef de l’Etat à la présidence de la République, en compagnie de la première dame, du ministre de l’Intérieur, de députés et de maire de la mouvance. Pourtant personne dans ce cercle ne semble concerné par le drame de ces milliers de Béninois dont les épargnes ont pris des destinations inconnues, peut-être à jamais. Le culte de l’impunité a débordé toutes les limites du supportable avec la perspective que l’Etat béninois se substitue à une des institutions de placement en cessation de paiement en remboursant les épargnants volés sur fonds publics. Là encore, pas de documents, pas de rapports détaillés, pas de chiffres sur l’ampleur du désastre. De sorte qu’on ne vienne jamais établir la culpabilité des responsables.

Ainsi vont le Changement et ses scandales impunis…

Par Arimi Choubadé
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