A l’eau, au savon et à l’intimidation…

jeudi 15 juillet 2010 par Arimi Choubadé

Ennui garanti pour tout juge appelé à connaître du dossier de faux placement d’argent. À la Dadis Camara, le chef de l’Etat décide de s’offrir la primeur des preuves avant tout cabinet d’instruction dûment constituée. Un vulgaire mécanisme d’escroquerie, de recel d’épargnes privées, d’abus de confiance érigé en affaire d’Etat trop « grave » pour être confié à de simples juges. Comme si la délivrance d’un permis de port d’arme et l’octroi de quelques gardes du corps à un prétendu escroc est attentatoire à la sécurité d’Etat. De quoi mobiliser tout l’exécutif à commencer par son chef. Il ne manquait que le message à la nation et la prise des mesures exceptionnelles pour compléter le tableau du péril imminent. On imagine déjà la fiabilité des preuves dont pourrait hériter la justice lorsqu’un ministre raconte à des proches avoir été interrogés par des éléments de la garde présidentielle ; lorsqu’on annonce des découvertes des gisements de billets de banque dans un domicile à Malanwi aussitôt démenti ; lorsqu’on sort l’éteignoir contre la presse ; lorsqu’on tient les magistrats bien à l’écart de tout ce cirque. Toute la panoplie du nettoyage systématique d’éléments compromettant en branle. De sorte qu’avant de parvenir dans le cabinet d’un juge, le dossier Icc-Services devrait être aussi comestible que toutes les entreprises de propagande à l’endroit du régime du Changement.

On voit comment ils sortent, toutes griffes dehors, dès que des non initiés se penchent trop près de l’affaire. Il est même interdit aux victimes de se constituer en association afin de s’organiser à mieux se défendre. A peine si on n’a pas lâché les « chiens » des gendarmeries et des commissariats pour traquer tous ceux qui tentent d’élever la conscience de revendication de toutes ces anonymes qui croyaient prendre rendez-vous avec le bonheur en gageant toutes leurs épargnes auprès de charlatans crédibilisés par leur proximité notoire avec les cercles du pouvoir. Au nom de la lutte contre les faux placements et les charlatans amis de ministres, de députés, de conseillers du chef de l’Etat voire de proches parents du même chef de l’Etat, toutes les libertés publiques sont mises entre parenthèses. Suspendus le droit à une information non contrôlée, la liberté d’association, la liberté d’expression, la présomption d’innocence, le droit de la défense pour tout prévenu. Le seul droit qui compte, c’est celui du régime à se protéger de la souillure à travers la destruction massive des preuves.

J’oubliais le droit des opposants à contester placé sous le coup des mises en garde vis-à-vis d’une éventuelle politisation du dossier. Or, l’unique façon de soustraire la vaste escroquerie des ménages à ces spéculations au relents électoralistes, c’était saisir tout simplement la justice et de permettre aux parties de mener un contentieux contradictoire au vu et au su de tout le monde. Les intelligents sauront lire entre les lignes s’il était normal qu’on puisse introduire au cabinet du président de la République des gens qui recelaient l’argent des pauvres en promettant des placements mirifiques ; s’il était opportun de faire déplacer le chef de l’Etat dans un immeuble réputé être le siège d’opérations criminelles ; s’il était décent que des séquences télé fassent des gorges chaudes de manifestations publiques parrainées par la première dame et financées par des gens dont personne ne connaît les sources de revenu. Il suffisait au gouvernement de se tenir à bonne distance d’une procédure judiciaire indépendante pour éviter la meute d’opposants. La Marina est donc une cible naturelle des opposants tant que se poursuit l’opération de nettoyage des preuves compromettantes.

Nettoyez toujours, les victimes de ICC, elles, n’oublient rien…

Par Arimi Choubadé
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