L’anti-yayisme ou le yayisme autodestructeur…

lundi 23 août 2010 par Arimi Choubadé

A s’y méprendre, c’est le fameux syndrome du Béninois trop complexe, bouffeur de chef d’Etat et éternel frondeur qui ferait des misères au docteur-président bien-aimé. Faux placements, Cen-Sad, Sonapra, machines agricoles, Ocbn et consorts ne seraient donc que le fruit de la méchanceté faite armes politiques par des assoiffés de pouvoir. Vu de loin, ces velléités de traduire le chef de l’Etat devant la Haute cour de justice dans l’affaire des faux placements d’argent ou le mémorandum accusateur de l’ancien argentier national au sujet du scandale autour de l’organisation du sommet de la Cen-Sad à Cotonou font penser à une anti-yayisme primaire. Vu de près, par contre, c’est le yayisme qui s’active plutôt de se désagréger lui-même, dans un cas comme dans l’autre.

Pendant 4 ans, les pauvres citoyens ont assisté incrédules aux exactions des structures dites de placements d’argent dont Icc-Services, la plus redoutable, qui n’étaient rien d’autres que des escrocs. La collecte d’épargnes des ménages s’est effectuée à l’ombre du parrainage du pouvoir. Le récit classique qui fait l’unanimité autour de cette affaire c’est une audience accordée aux escrocs de Icc à la présidence de la République, des visites du chef de l’Etat au domicile du Pdg de cette structure à Abomey-Calavi, les prises de part de proches parents dans la combine, les présences effectives de ministres du gouvernement à des manifestations publiques aux côtés de ces mêmes escrocs. Aucune célébration en l’honneur du pouvoir ne pouvait se faire sans ces malfaisants collecteurs d’épargnes. Durant 4 ans donc, les Béninois ont bu jusqu’à la lie, cette imposture inédite inextricablement imbriquée à l’appareil d’Etat au plus haut sommet.

Brusquement, le chef de l’Etat s’emballe, fait mettre aux arrêts le Procureur général près la Cour d’appel de Cotonou, son ministre de l’Intérieur et d’autres personnalités politiques. Parallèlement, d’autres protagonistes présumés de l’escroquerie se font arrêter puis détenir dans des lieux connus du chef de l’Etat et de ses collaborateurs seuls ; des véhicules, des immeubles seraient saisis, des perquisitions ont été ordonnées, le tout sans l’intervention d’un juge assermenté. Contre tout cela, les autres acteurs de la vie publique devraient se contenter du spectacle des victimes entassées aux abords des lieux dits de recensement dans des conditions inhumaines sans aucun espoir de rentrer un jour dans les fonds qu’on leur a indument soutiré avec la bénédiction du sommet du pouvoir. La représentation nationale ne devrait surtout pas demander au chef de l’Etat de comparaitre devant la Haute cour de justice afin d’expliquer pourquoi son gouvernement n’a pas réagi après les avertissements de la banque centrale, la Bceao et du collectif des banquiers béninois au risque d’être accusée de persécution anti-yayiste. Ce n’est plus le yayisme qui s’est décrédibilisé lui-même en commerçant avec les escrocs au détriment des pauvres spoliés.

Tout comme on demande à l’ancien argentier de garder le silence quand bien même le chef de l’Etat le livre par une lettre adressée à l’Assemblée nationale visant à enclencher sa traduction devant la Haute cour de justice en guise de seul coupable du scandale de Cen-Sad. Ce à quoi le mis en cause a répondu à travers un volumineux mémorandum sur tous les aspects de l’affaire. Une ligne de défense qui reprend presque mot pour mot, les arguments évoqués par la majorité parlementaire qui a rejetée le collectif budgétaire exercice 2008 par lequel le scandale fut légitimé. La propagande a volontiers passé par pertes et profits l’acte originel qui livre l’ancien ministre Soulé Mana Lawani en pâture à la vindicte populaire et ne s’attaque qu’à la réaction de l’intéressé jugé inopportun voire offensant à l’endroit de l’organisateur en chef désigné de tout le bazar Cen-Sad. Le sauve-qui-peut.

La culpabilité par procuration a vécu…

Par Arimi Choubadé
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