Le néo pacificateur…

mardi 31 août 2010 par Arimi Choubadé

C’est sûr que la menace de se retrouver devant la Haute cour de justice a profondément transformé le docteur-président. Une nouvelle passion, cela a fait naitre chez lui : le prêche de la paix et de l’union du pays, de tous ses fils. Le meeting à la nation du 31 juillet 2010 ; l’incitation à l’apaisement des partisans réunis autour du chef à la Marina ; début de médiation des anciens présidents de la République après une audience chez le chef de l’Etat en exercice ; l’exhorte présidentielle du haut de la tribune du Nonce célébrant au pèlerinage marial 2010 à Dassa-Zoumè ; les appels à l’union depuis les confins du Bénin dans Gogounou en plein mois du Ramadan 2010. Numéro de repenti dirait les rédacteurs du mémorandum fondateur du G13 vers la fin 2007 qui faisait déjà remarquer à l’époque les menaces sur l’unité nationale et sur la laïcité de l’Etat. Et puis sait-on jamais, ce regain de pacifisme pourrait servir de circonstance atténuante devant les juges de Haute cour de justice.

Visiblement, à la veille de la campagne électorale de 2011, les émergents ont certainement pris conscience de la vacuité des termes de prédilection usités jusque là à propos de l’émergence, de la production de coton à 600 milles tonnes, de la croissance à deux chiffres, du versement de sang présidentiel contre les pilleurs de l’économie nationale, etc…Après les scandales Cen-Sad, Icc-Services, la croisade d’intolérance et de régionalisme d’un ministre du gouvernement et d’un député fraichement débauché, du délabrement général de l’économie nationale ; après tout cela donc, on ne pouvait plus logiquement plaider le bilan, véritable désastre politico socioéconomique sans susciter le dédain chez les Béninois. Autant faire revêtir au docteur-président la toge de l’apôtre de la paix et de l’unité nationale. Quelques discours et proclamations sans frais suffisent à y arriver. De la matière pour la propagande à bout de souffle, sevré depuis la faillite des réseaux d’escroquerie des ménages, et affaibli par les défections qui se multiplient au fur et à mesure que se rapproche la fin de mandat.

Une omission de taille cependant au sujet sur le douloureux passif qui a mis en lambeau la coexistence pacifique entre populations dans de nombreuses localités du pays. Le nouveau look du docteur-président ne renseigne pas davantage sur la manière dont les frustrations antérieures seront gérées. Les nettoyages ethniques subis par des listes d’amis à des concours d’entrée à la fonction publique ont fait des ravages auprès de milliers de jeunes méritants et écartés. On se souvient du concours d’entrée à la douane dont les résultats ont séjourné près d’un an dans les couloirs de la Marina. Aucune mesure d’apaisement également à l’endroit des militants Abt emprisonnés à la prison civile de Natitingou. Les adversaires du régime ne sont toujours pas rassurés de pouvoir tenir meeting tranquillement sans un assaut de la soldatesque sur instructions de préfets zélés. Ils sont nombreux à trainer encore les séquelles de la vague de persécution qui s’est abattue sur tous ceux qui se sont opposés aux listes communes de l’Etat-Fcbe à l’occasion des municipales de 2008 dans les départements de l’Alibori et du Borgou.

Le besoin d’union s’est réellement fait sentir dès qu’apparait la menace d’un renvoi du docteur-président devant les juges. Pendant que Fagbohoun, Clément Gnonlonfoun, Adovèlandé rongeaient leur frein derrière les barreaux en dépit de décisions de justice favorables, l’hymne à l’union n’avait pas été entonnée avec autant de ferveur et solennité. Il n’y a besoin de paix que pour calmer les désirs de justice des représentants d’un peuple volé, pillé, escroqué et martyrisé avec la bénédiction de ceux qui sont chargés de le protéger. Le dernier baroud d’honneur des émergents consiste à faire croire que la justice serait une menace pour l’unité nationale.

Le désir de paix ou le souci du crime parfait ???

Par Arimi Choubadé
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