Les messies de la débâcle Ecureuil…

mardi 7 septembre 2010 par Arimi Choubadé

Le diktat des messies. Règle N°1 pour tout Ecureuil : « Vous pouvez avoir du talent, de la performance, de l’envie, de l’engagement, de la jeunesse, pour être sélectionnable en équipe nationale, il faut en plus se montrer docile et obéissant au vénéré mécène suprême du foot béninois ». La transgression de cette règle d’or a valu à tous les rescapés de l’expédition angolaise une vacance de près de 9 mois. Un long sabbat sans équipe, sans entraineur, sans match de préparation. Il a fallu des moments de magnanimité du plus grand des messies pour que 8 seulement des 23 d’Angola ne se fassent inviter, au pied levé, sur la feuille du premier match des éliminatoires de la Can 2012, le 05 septembre 2010, à quelques heures du coup d’envoi. Aucun détail de cet épisode n’a d’ailleurs échappé au public sportif béninois. Pas étonnant que les Ecureuils, 10ème équipe africaine (61ème mondiale selon le classement Fifa-Coca-Cola) se fasse tenir en échec à domicile par la 37ème africaine (142ème mondiale), le Burundi. Alors qu’il reste à affronter le Rwanda et surtout le grandissime favori du groupe, la Côte d’Ivoire, 3ème nation africaine du foot derrière l’Egypte et le Ghana.

On n’en veut pas aux milliards du N°1 du Medef béninois. Mais à force de caporaliser à la fois les rôles de promoteur, de concepteur, de dirigeant, de supporteur, de manager, de détecteur de génie, et de propriétaires de plusieurs clubs de première division ; il n’y a plus de place à la contradiction d’où devrait jaillir la lumière. Ce n’est pas à lui, patrons des patrons qu’on apprendrait qu’une entreprise ne saurait avoir pour client les seuls membres de son conseil d’administration. Un industriel contraint de racheter tous les produits de ses usines fait de la vampirisation de ses propres ressources. C’est un peu à cela que ressemble le foot béninois dont le championnat se déroule presque sans spectateurs donc sans consommateurs et est dirigé par un individu qui est en même temps propriétaire de la grande majorité des clubs engagés et grand mécène des équipes nationales, toutes catégories confondues. Le mécénat footballistique n’est pas un phénomène nouveau dans le pays. les Gbadamassi Moucharafou, Séfou Fagbohoun et alliés avaient misé sur la seule équipe des « Dragons Fc » qui tirait le championnat national par le haut. Sa pléiade d’internationaux (Abedi Pelé, Abdul Razack, Peter Rufaï, Allen Lesli, Georges Weah…) a permis de relever le niveau interne puisque les autres clubs étaient obligés de tenir la compétition pour ne pas disparaitre. Cette épopée a hissé un club béninois en quart puis en demi-finale d’une compétition continentale des clubs. Ce fut également l’époque de la première génération de professionnels béninois.

La désillusion du 05 septembre 2010 prouve bien que ce n’est pas le chéquier qui porte le maillot mais des joueurs expérimentés, compétitifs, motivés et respectés. Le football béninois ne connait pas d’autres héros que ceux qui l’ont emmené au plafond de l’Afrique pour la première fois de son histoire en 2004 à la Can tunisienne et qui l’ont ramené au Ghana en 2008 et en Angola en 2010. On ne peut se permettre de les humiliés impunément, au risque de prendre des leçons d’une équipe du rang du Burundi sur le stade de l’amitié de Kouhounou à Cotonou. Ceux qui se sont permis de « manquer de respect à nos héros », les seuls du foot béninois, en proclamant la dissolution de l’équipe nationale ont pu voir, au stade de France le 03 septembre 2010, les conséquences des sanctions irréfléchies et démagogiques. Se sont les Mouri, Ahouéya, Moudachirou, Adjamonsi, Chrisostome, Tchomogo, qui, drapés dans la tunique jaune, ont fait rêver des générations entières de Béninois sur les stades d’ici et d’ailleurs. Personne d’autres ne l’a fait avant eux. Les messies autoproclamés savent qu’ils ne peuvent aligner des palmarès sportifs comparables à ceux des garçons.

En sport, la gloire se mérite sur la pelouse et non sur le chéquier…

Par Arimi Choubadé
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