L’amazone s’en va, le prince s’installe…

lundi 20 septembre 2010 par Arimi Choubadé

Rosine passe la main à Léhady, le 18 septembre 2010. Une mémorable éclipse au Parti, la Renaissance du Bénin au bout de trois congrès ordinaires et de 18 années pleines ; né au pouvoir avant d’enchainer une décennie d’opposition radicale à Kérékou et une résistance farouche au yayisme. C’est bien la fin d’une époque dont les véritables débuts remontent à mars 1992 où une certaine Rosine Vieyra épouse Soglo, se révèle à ses compatriotes par une bruyante intrusion sur la scène politique en mettant sur les fonts baptismaux ce qui deviendra plus tard le parti au pouvoir. Brulant ainsi la politesse à tous des Ayatollahs autoproclamés du sogloïsme dont le projet de parti serait encore au laboratoire à l’époque. A l’heure du bilan de l’hôtel Sun City d’Abomey, le 18 septembre, il était impossible à un chef de parti de dire mieux que Rosine, qui a hissé la « maçonnerie laborieuse » au rang du plus grand parti du Bénin avec son record absolu jamais égalé du wagon à 27 élus aux législatives de 1999 malgré trois années d’opposition résolue.

Au départ de l’odyssée, il fallait à la désormais « présidente-fondatrice » de la Rb se légitimer par elle-même. Elle ne pouvait se contenter des hommages solennels d’un certain Nicéphore Soglo lors de son premier discours de Premier Ministre de transition en pleine conférence nationale en février 1990. L’affubler du titre de première dame un an plus tard n’avait pas non plus réussi à solder définitivement sa quête d’épanouissement et d’affirmation de soi. En plus des chrysanthèmes et des œuvres sociales à travers l’Ong Vidolè, elle crée un parti qu’elle va imposer à son époux, président de la République. Personne n’a oublié la célèbre injonction publique aux allures d’ultimatum faite au chef de l’Etat en exercice depuis la maison du peuple de Goho d’Abomey de s’approprier illico de l’emblème houézèhouè. Le style direct, orageux, emphatique, sans concession, à la limite de la provocation s’exercera désormais ailleurs qu’à la tête exécutive de la Rb. Politiquement, le prince héritier est plutôt un butineur de l’ombre, très peu expansif, moins porté sur les shows et la grandiloquence.

A la différence de son prédécesseur, Léhady accède aux commandes d’un parti dont il est membre fondateur et donc après 18 années d’apprentissage. Son mètre 90 et plus est largement connu du landernau politique national. Il n’a plus à forcer une reconnaissance ou à imposer une légitimité. Sa stature de néo leader était déjà consacrée depuis le congrès extraordinaire de septembre 2005 à Ouidah qui a fait de lui le candidat du parti pour la présidentielle de 2006 à l’issue des primaires internes. De plus, il n’y a que lui pour gérer une Rb à l’ère de l’Union fait la nation sur laquelle revendique à juste titre un brevet d’initiation. Lui mieux que quiconque sait jusqu’où aller dans l’auto sabordage en tant que porteur de ce projet futuriste. L’aventure ne saurait coexister trop longtemps avec une Rb à trois légitimités à savoir celui du leader charismatique, celui de la présidente et celui du présidentiable. Une trinité désormais réunie en UN.

Les plus à plaindre dans cette histoire, ce sont les émergents qui ne gagnent finalement rien au change. La modération supposée de Léhady ne doit pas leur faire oublier que c’est lui qui a freiné des quatre fers le retour au gouvernement Yayi à la suite de la violation des accords d’entre deux tours de la présidentielle de 2006 avec succès ; toujours lui qui a initié le G4 à la veille des municipales en guise de front de refus au projet expansionniste du régime en place ; encore lui à l’origine de l’Union fait la nation qui se veut résolument l’instrument d’alternance à Yayi en 2011. L’incarnation d’une adversité insidieuse, tenace, bien pensée qui ne se résout pas à l’émotionnelle et à la façade. Sans oublier que Rosine est loin d’avoir dit son dernier mot.

Tous en UN (Union fait la nation)…

Par Arimi Choubadé
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