Le fleuve rebelle et la Lépi…

lundi 4 octobre 2010 par Arimi Choubadé

Enfin, Arifari Bako admet une faille dans sa marche forcée. L’infaillible coordonnateur de la Commission politique de supervision (Cps) de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) consent à signer de sa main une abdication même temporaire face au réveil du grand fleuve ; les eaux débordantes de l’Ouémé, elles, ne connaissent pas d’agenda électoral, de majorité parlementaire, de tour de magie à la Cour constitutionnelle. Bako s’en fait une religion à travers un communiqué emphatique du 25 septembre 2010, mélange de compassion envers les victimes des inondations et de reconnaissance de la difficulté de faire exécuter la phase d’enregistrement biométrique des moins de 12 ans. Mais un recul plus tactique que délibéré, à minima. Pas question cependant de suspendre toute l’opération surtout après la grandiose cérémonie de lancement une semaine plus tôt à Porto-Novo. Le maître de cérémonie s’est offert un véritable meeting avec comme auditoire un essaim de femmes démarchées contre quelques jetons de présence, bravant la pluie, le retard considérable des organisateurs, les improvisations du protocole et le changement de site de la dernière minute. Bako voulait sa Lépi, suivant son timing à lui, et rien ne devrait le dissuader.

Le retrait des représentants de l’Union fait la nation et du G13, le radicalisme des amis de Abdoulaye Bio Tchané, les révoltes bruyantes et intempestives au sein des agents recenseurs, le couac retentissant de rébellion à la Mirena, la logistique des opérations qui laissent à désirer, les perturbations monstres de chacune des phases exécutées jusque là et même le séjour mouvementé au Bénin du secrétaire général de l’Onu, Ban Ki Moon, vraiment rien pour émousser le forcing. La méthode Bako est d’une simplicité déconcertante et se résume en une rhétorique à toute épreuve : tout par la parole. Au déficit du dialogue avec les partenaires politiques, le coordonnateur Cps/Lépi compense par le dialogue avec les médias : conférences de presse, déclarations, ateliers à l’intention de journalistes, enrôlement de têtes couronnées. A chaque poussée de fièvre pour le processus, Bako se montre à la télévision et le problème est sensé être réglé. Son apparition sur le petit écran est l’unique thérapie à tous les oubliés des phases de la cartographie censitaire et du recensement porte-à-porte ; à la polémique autour des corrections non portées depuis la première étape ; aux agents non payés ; aux matériels défectueux. La réalisation de la Lépi à partir de la Télé.

Il a fallu l’Ouémé et son cours en furie pour que la réalité crue se dévoile. Églises, mosquées, stèle de vaudou, habitations, animaux domestiques, greniers, champs sous les eaux indomptables. Face à la boutade des maires des départements de l’Ouémé et du Plateau écœurés par l’insoutenable compétition imposée à la détresse des inondés à travers la Lépi. Le coup de gueule des élus locaux face à cette distraction de mauvais alois a dû faire courber l’échine à la Cps. Pas pour que Bako se départisse pour autant de son label communicationnel tous azimuts ; ne serait-ce qu’un communiqué : l’annonce d’un léger réaménagement, quelques arrondissements en rade. On sent toujours ce besoin de la course en tête et le sentiment que la Lépi devrait avancer vaille que vaille. Le texte envoyé à la presse en guise de réponse aux réticences des maires ne donne aucune indication précise sur la base de données qui a permis de circonscrire les prétendues zones inondées alors même que les averses se poursuivent et qu’on ne connait pas encore avec exactitude les cibles éventuelles du fleuve rebelle (sauf le communiqué de Bako, bien entendu). Selon les émergents, le défaut de la Lépi pour les scrutins de 2011 serait pire catastrophe que ces villages engloutis par les eaux. Un conseiller de Yayi, l’inamovible Amos Elègbè a prédit « la guerre civile ».

Une Lépi qui passe désormais pas le domptage de l’Ouémé…

Par Arimi Choubadé
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