Victimes collatérales de la « bonne piste »…

vendredi 8 octobre 2010 par Arimi Choubadé

C’était presque une conviction jubilatoire, la « bonne piste », l’ « excellente piste » du nouveau monsieur Justice du « yayisme ». Une excitation due peut-être aux effluves nauséabonds du macchabée en pleine exhumation à Womè le 27 septembre 2010. La bonne piste a conduit à l’incarcération à la prison civile d’une pauvre nourrisse et de son rejeton d’un an à peine. Le crime de la dame c’est d’avoir eu une liaison avec le porté disparu de laquelle est issu le petit garçon. Ce statut a fait d’elle un suspect de choix, une dangereuse criminelle prédestinée à une cellule de la prison de Cotonou en compagnie de son enfant bien que tous les deux soient sujets à des crises diabétiques chroniques. Les besoins d’une enquête ou la volonté de prouver coûte que coûte qu’on enquête ? Cela devenait trop ennuyeux pour le ministre Grégoire Akoffodji d’avoir congratulé les forces de l’ordre alors que près de deux mois après la disparition de ce cadre de l’administration, le pouvoir n’a pu offrir à l’opinion que des questions sans réponses. Tant pis pour la dose d’insuline administrée à la nourrisse et son rejeton dans les locaux de l’insalubre prison. A défaut d’exhiber l’arme du crime (introuvable), le mobile du crime (modulable d’une version à une autre), les commanditaires (invisibles), on peut jeter en pâture, à la clameur populaire, ces êtres sans défense et sans protecteurs hauts perchés à la Marina.

De cette quête de sérénité pour la « bonne piste » gouvernementale qui vaut aux libertés fondamentales ce énième coup de massue. Interdiction formelle d’organiser des manifestations publiques en rapport avec la disparition de Dangnivo. Une signature attribuée au ministre de l’Intérieur parait trop peu pour éclairer davantage sur les fondements légaux de cette hantise de la contradiction. En quoi marcheurs syndicaux et parents du porté disparu pourraient constituer une entrave à la justice ou influencer la conviction des juges. Ils n’ont jamais demandé l’arrestation ou la libération d’un présumé coupable, ni intimé aux enquêteurs la procédure à suivre. Un rappel à un gouvernement de son rôle de garant de la sécurité des personnes et des biens n’a jamais fait du mal à la justice. L’entrave à la manifestation de la vérité est à rechercher dans l’odieuse demande aux parents du porté disparu d’enterrer le cadavre de Womè en toute discrétion. Dans la même rubrique que l’ignorance par le chef de l’Etat de cette disparition malgré le tollé médiatique autour depuis plusieurs semaines. Et si les enquêteurs devraient être influencés, cela ne peut être que par le message de condoléances adressé aux parents du porté disparu alors que le cadavre exhumé n’avait pas encore été expertisé par des médecins assermentés. Mais avant, il y a eu ses émissaires du régime qui se sont relayés sur des plateaux de télévision en révélant une tradition de disparition dans la famille Dangnivo. Les enquêteurs auraient dû classer ce dossier après que ce conseiller du chef de l’Etat ait affirmé à la télé que les Dangnivo ont pris cette habitude de disparaitre à l’instar de Joaquim, frère de l’autre dont les proches seraient sans nouvelles depuis 15 ans.

Les enquêteurs ont également entendu un autre baron du régime affirmer que les disparitions d’homme sont récurrentes à chaque veille d’élection présidentielle. Vue de loin, ce ne serait finalement qu’une banale culture électorale ancrée dans les mœurs politiques au pays du vaudou. Rien de bien grave pour mériter une enquête judiciaire. Pire, un autre gourou néo-émergent, Rachidi Gbadamassi n’est pas allé par quatre chemins pour indiquer la voie à suivre aux enquêteurs ; ceci abondamment relayée par la propagande gouvernementale. Selon donc ce tribun, chantre imperturbable de la grande solidarité du nord en vue de la réélection de Yayi en 2011, Augustin Ahouanvoébla, lieutenant de Adrien Houngbédji, lui aurait avoué le crime de Dangnivo. Il ne restait à la justice que d’aller cueillir l’auteur de ces aveux et clore le dossier, bien avant d’aller à Womè ou d’embastiller une nourrisse et son enfant.

Accrochez-vous, le meilleur (ou le pire) reste à venir !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/818-victimes-collaterales-de-la-bonne.html