Les préfets souverains ???

lundi 11 octobre 2010 par Arimi Choubadé

Armand Nouatin, préfet de l’« Etat du Zou » en a rajouté une couche à la codification en vigueur sur sa zone de compétence : l’obtention préalable d’un permis de manifester pour tous ceux qui travaillent en dehors du territoire du Zou. Sa transgression est un délit passible d’une peine spéciale à savoir la bastonnade policière sans retenu. Gare à un enseignant en poste à Allada ou ailleurs sur le territoire béninois surpris à une manifestation de protestation contre le gouvernement sur le territoire du zou. Le 30 septembre 2010 a été l’occasion pour les Béninois de découvrir le soin mis par le préfet Nouatin à faire respecter cette règle avec les images d’agents en uniforme déchainés, à coup de matraque, sur des individus désarmés et gisant à terre. Selon les explications préfectorales, les victimes ensanglantées de la répression policière méritaient amplement ce traitement digne des séries de chasse à l’homme dans les rues de Sarajevo aux heures sombres de la guerre des Balkans ou encore des séances de flagellations de petits délinquants dans des gouvernorats sous Charia du nord nigérian. Le fait pour certains manifestants de s’être déplacés de Parakou, de Lokassa, de Porto-Novo ou d’Allada faisait d’eux des dangers publics pour la quiétude des braves administrés du zou.

Le phénomène Nouatin obéit bien à une logique de gestion territoriale caractéristique de l’Etat-Fcbe depuis quelques années ; le règne des « préfets souverains ». Chaque préfet édicte et applique dans son département des règlementations particulières destinées au « quadrillage politique » du pays, indépendamment des lois de la République. Les préfectures de Natitingou, de Parakou, d’Abomey, de Cotonou (4 sur 6) ont défrayé la chronique grâce à ces fameux arrêtés préfectoraux d’interdiction de manifester contre le gouvernement Yayi. Seuls les partisans du régime, désireux de proclamer leur soutien sans faille aux actions du docteur-président, sont admis à occuper le macadam. Une simple réunion de gens présumés proches d’un adversaire politique vaut aux organisateurs une réplique préfectorale cinglante, immédiate sur fond de répression policière violente. Une envie de visiter le pays, d’aller chez des parents, d’assister à une prière de vendredi ou de se promener avec des amis peut faire d’un Abdoulaye Bio Tchané un dangereux suspect traqué par le préfet en personne, quel que soit le département.

On voit bien tout le mal que se donne le préfet du Zou à proclamer sa souveraineté sur son territoire contre des envahisseurs des autres départements. Ce scénario du torse bombé assorti de la proclamation dithyrambique du genre « le zou c’est moi » n’est pas tout nouveau. Armand Zinzindohoué dans son style faisait croire qu’il était tout puissant et qu’il faisait tout par lui-même avant de démentir par son célébrissime mémorandum, incendiaire contre son ancien chef. Et si l’ancien ministre de l’Intérieur reconnait ainsi publiquement avoir été instrumentalisé, un préfet serait un instrument infiniment plus malléable. Le cas de la protection militaire accordée aux structures de faux placement d’argent de l’Ouémé-Plateau sur instructions venues d’en haut renseigne suffisamment sur le fait que rien ne se décide dans les préfectures. Les gars qui ont reçu les matraques à Abomey, le 30 septembre le doivent d’abord à la Marina ; accessoirement à Nouatin pour zèle. Sur les images, les policiers besogneux arboraient des accoutrements spécifiques (casques, cagoules, matraques anti-émeute) ; signe de la préméditation. Tout cela alors que les centrales syndicales étaient sur le pied de guerre face aux cafouillages du gouvernement autour de l’enquête sur la disparition de Urbain Dangnivo. Moment choisi pour ensanglanter de pauvres élèves-enseignants depuis Abomey en prélude à un communiqué d’interdiction des marches des travailleurs à Cotonou.

Depuis la Marina opère le vrai souverain !!!

Arimi choubadé

Par Arimi Choubadé
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