Enfin le visage de la paix…

lundi 18 octobre 2010 par Arimi Choubadé

Un Bénin au sortir des torpeurs au lendemain du 12 octobre 2010. Dans la tête des citoyens bourdonnaient encore le spectacle des chars déployés dans les rues de Cotonou, des cordons d’homme en uniforme lourdement armés face à des militants de droits de l’homme, des travailleurs interdits d’accès à leurs bureaux, une bourse de travail littéralement assiégée par les forces de l’ordre. Puis l’appel à la résistance, le jour d’après, constitué de toutes les centrales syndicales, des organisations de la société civile et des partis politiques. Dans un contexte explosif fait d’agitations sociopolitiques autour d’un porté disparu et de son cadavre présumé, de la réalisation d’une liste électorale controversée, d’inondations apocalyptiques, de scandales financiers à répétions, du crapuleux recel des épargnes des ménages par des « amis du régime », des témoignages insoutenables sur le dessein exprimé en haut lieu de mettre le pays à « feu et à sang ». Sans oublier ces déballages immondes sur fonds de mémorandums d’anciens ministres à propos d’une gouvernance de caniveau.

Tout pays digne de ce nom aurait immanquablement fait recours à ces valeurs-refuges les plus sûres. Or, il y a tellement de rois, militants de la société civile, prétendus notables et sages, dignitaires religieux trempés dans la magouille partisane aux côtés du régime depuis l’avènement du Changement. Des rentiers de prestige réputés pour jouer les mascottes de propagande régulièrement agités sur le perron du palais de la Marina après des audiences avec le chef de l’Etat. Ces gens-là ont clairement choisi leur camp, celui des chars face aux manifestants. On les voit, sur tous les médias, bénir, louer et implorer le ciel et les mannes des ancêtres de faire tomber son infinie bonté sur le vœu du régime de rempiler. La foi et la noblesse en pleine prostitution. À rappeler que ceux qui ont sorti les blindés contre des militants des droits de l’homme et des travailleurs désarmés et inoffensifs sont les mêmes qui arpentent les églises, les couvents, les palais royaux pour distribuer des menus cadeaux au nom du docteur-président.

Les Béninois avaient presque oublié que quelqu’un a résisté à l’appât des subventions accordées à Dieu et aux mânes de nos ancêtres. Pendant que des Imams cautionnaient des achats de sucres, de lait, de riz et de friandises en offrande, parait-il, à des jeûneurs avec des milliards du contribuable ; des chefs traditionnels sacrifiaient la sacralité de leurs divinités contre des pécules généreusement octroyées par des ministres en mission officielle ; des pasteurs emménageaient carrément dans des ministères et contribuaient à propager la bonne nouvelle du Changement grâce à des fonds publics ; lui a décliné toute offre d’assistance de l’Etat à ses paroissiens. Eh oui ! Le clergé catholique béninois a eu la divine inspiration de décliner toute rente du régime. Un repli d’orgueil qui vaut à Mgr Gayet d’être pratiquement la seule voix audible dans un concert d’invectives, d’injures, de menaces, de propos va-t-en guerre, de mensonges, de délation parmi tout ce que la nation compte de repères, de références et d’institutions.

Le prélat, seul, capable de parler à la fois aux « résistants », aux interdiseurs de manifestations, aux veilleurs de la citoyenneté écœurés par la dérive totalitaire, aux créateurs de richesse inquiets de la prédation des deniers publics et aux sages corrompus à l’aide des rapines issues des crimes d’Etat mais aussi à la famille Dangnivo effarouchée par une procédure judiciaire de légitimation d’une enquête à polémique. Le seul, de la bouche de qui, le mot dialogue n’a pas des parfums de ruse, de duperie, de corruption ou de traitrise. Un ultime radeau de sauvetage néanmoins suspendu à la faculté de nuisance des émergents. En effet, au même moment où Mgr Gayet tentait de recoller les morceaux d’un Bénin écartelé, au palais de la Marina, des écorchés vifs du camp présidentiel promettaient de poursuivre l’œuvre de déstructuration de la paix commune au Palais des congrès à quelques encablures.

Attention à la préservation de l’ultime sanctuaire…

Arimi choubadé

Par Arimi Choubadé
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