Une chirurgie à la Lépi…

mercredi 20 octobre 2010 par Arimi Choubadé

Ne pas faire voter tout le monde en 2011. Les statistiques après la phase ultime de la réalisation de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) dans l’Ouémé-Plateau illustrent à merveille ce vœu cher aux émergents. Moins de 50% des potentiels électeurs manquant à l’appel, dans ce fief identifié et fidélisé du candidat unique de l’Union fait la nation, comme par hasard. Des omis, tous bannis de tout processus électoral sur près de 20 ans. Une perte négligeable pour la République et la démocratie, selon l’alliance Bako-Fcbe. Le faste déployé à l’occasion du lancement de la phase d’enregistrement biométrique à Tori a vite pris des allures de célébration d’une précieuse « victoire d’étape » sur tous les exclus de l’Ouémé-Plateau. Sur les symboles : Tori apparait comme un îlot d’émergent dans une Atlantique acquis aux opposants ; la cérémonie s’est déroulée sous un soleil éclatant contrairement aux trombes d’eau sous lesquelles les opérations ont été lancées à Porto-Novo le 11 septembre 2010 ; l’attelage Bako-Fcbe en a profité pour mettre l’accent sur le profil de l’électeur modèle qui mérite d’être enregistré en priorité avec l’enrôlement en premier du conseiller politique du chef de l’Etat, Alexandre Hountondji.

Le calvaire des « frères de village » de Houngbédji était prévisible, de potentiels coupables de délit de proximité avec l’opposant irréductible. Cette thèse d’Etat alimente d’ailleurs régulièrement les meetings « cauris ». Il n’y avait pas meilleur moment de les piéger que cette exceptionnelle période de crue où les hauteurs des eaux ont atteint des niveaux historiques. Bako et ses copains Fcbe savaient bien que les lacustres perchés sur les toits de leurs cases entièrement immergées dans la Vallée de l’Ouémé, à Adjohoun, Bonou, Aguégués, Missrété, Adja-Ouèrè ne pouvaient pas venir se faire enregistrer quelle que soit leur bonne volonté. Leur exclusion était déjà bouclée depuis des salles obscures du Centre international des conférences à Cotonou où a été conçu l’agenda de la Lépi. Et au cas où certains sinistrés parviendraient à se soustraire des eaux en perspective de se faire enrôler sur la liste électorale, le parcours du combattant se met alors en place. Longues files d’attente, kits défectueux, appareils d’enregistrement extrêmement lents, grèves intempestives des opérateurs de kit, réduction illégale du nombre de doigts à enregistrer, manipulations des données biométriques, nombres réduits des centres d’enregistrement. Confère le répertoire des irrégularités produit et envoyés à la Commission politique de supervision de la Lépi par les 14 maires sur les 16 communes concernées par ce gigantesque piège à limiter les électeurs potentiels.

Le docteur Bako de se murer derrière une anesthésie médiatique assourdissante. Lui qui a pris le pari de régler tous les écueils de la Lépi sur les plateaux de télévision. Monologues, conférences de presse, discours forains à l’occasion de forum suffisent au coordonnateur national du processus pour faire de la Lépi l’instrument révolutionnaire par lequel le Bénin pourrait enfin atteindre l’émergence promise en vain. Que des dizaines de milliers de citoyens soient rejetés par avance des consultations électorales durant deux décennies n’empêchent pas Bako de foncer tout droit dans sa logique communicationnelle sans bornes. Au point où des émissaires de l’Union fait la nation dépêchés au Centre national de traitement accusent d’avoir été victimes de reportages tronqués sur leur passage, diffusés sur des antennes de radios et de télévisions. Des pans d’intervention auraient été manipulés à dessein.

Ce sont les agents envoyés sur le terrain sans contrat, exploités et travaillant dans des conditions exécrables qui doivent se demander comment se fait-il que le coordonnateur puissent dépenser autant d’argent dans la communication à travers tous les supports médias y compris internet alors que les chefs quartiers manquent du minimum pour alerter les véritables concernés dans les villages et hameaux. Mais la chirurgie à la Lépi a déjà montré lors des précédentes phases que l’objectif c’est de distinguer les zones en fonction des obédiences et des allégeances. Chiffres record pour les enrôlements dans le Yayiland décrété par la paire Fagnon-Gbadamassi et associés, compris entre Malanville et Dassa-Zoumé. Croix et bannière pour les citoyens à enrôler des contrées politiquement non émergentes.

Le rempilage serait à ce prix seulement…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/826-une-chirurgie-a-la-lepi.html