Yayi a-t-il fait sortir les chars le 12 octobre 2010 ???

jeudi 21 octobre 2010 par Arimi Choubadé

La cible « militaire » identifiée par le régime Yayi, ce 12 octobre 2010 ? Rien d’autre que le cordon ombilical de tout le peuple producteur, la bourse du travail de Cotonou ; point de mire des viseurs des chars d’assaut de l’armée nationale. L’effet dévastateur de ces images ne s’est pas fait attendre bien longtemps : traumatisme collectif donnant naissance, dès le lendemain, à l’« incestueux » alliage formé de centrales syndicales, d’organisations de la société civile et de partis politiques (Front pour la défense de la démocratie : Fdd). Peut-être est-ce une méprise de cette extravagance militaire, ce jour-là précisément. La grande muette minée par l’ankylose entre deux défilés annuels du 1er aout aurait-il voulu faire des exercices en agglomération. Une simulation de la défense de la ville de Cotonou en cas d’attaque d’assaillants prédateurs de la paix nationale. En tout cas, le président de la République, fervent adepte de Changement, de révolution industrielle et agricole, de croissance à deux chiffres, de marche verte contre la corruption, du bonheur pour son peuple ne pouvait envoyer des soldats contre les travailleurs et des militants des droits de l’homme. Pas lui !

D’ailleurs, qu’elle aurait été la nature des ordres de la Marina ce jour-là ? De lâcher des obus sur ce bastion d’activistes impertinents avec des risques de dégâts collatéraux vu la proximité des collèges Gbégamey et Notre Dame, du Centre de promotion de l’artisanat très fréquenté par les touristes ou du quartier populeux de Zongo qui abrite un démembrement du port de Cotonou ? De faire une simple démonstration de muscle face à ces irrévérencieux qui osent défier la haute autorité ? Ou est-ce une répétition en prévision d’un dessein non encore avoué ? Je rêve de voir apparaitre à la télévision nationale, le chef d’état-major général des armées, expliquer à ses compatriotes que leur armée n’était pas sortie pour « tuer » des manifestants pacifiques ; qu’elle ne s’était pas mise en branle contre des militants des droit de l’homme autorisés à manifester par les autorités municipales. On ne peut croire que l’armée de la République ait pris ses ordres et ses missions à partir d’un simple communiqué de presse du ministre de l’Intérieur en déphasage avec des prescriptions constitutionnelles.

Sur le recul, un éventuel recours aux généraux par les « yayistes » ne devrait pas surprendre grand monde. Ce péril militaire, déjà Idji Kolawolé en parlait en avril 2007, en présence du corps diplomatique au grand complet au palais des gouverneurs de Porto-Novo lorsqu’il passait le perchoir à son successeur. L’alerte provenait d’une campagne électorale, la première de Yayi-président, rythmée par des récits renversants sur des militaires distribuant des affiches de propagande, rabattant les populations vers des meetings présidentiels, terrorisant des partisans de listes concurrentes à celle proposée par le chef de l’Etat. Le tout sur fond d’attentat contre le cortège présidentiel à la hauteur de Kilibo sans que la commission d’enquête créée dans la foulé ne puisse jamais rendre ses conclusions, des années plus tard. Et puis les émergents ont de bonnes raisons de revendiquer une certaine fierté de la gouvernance au bout du fusil, même dans un pays comme le Bénin. Au nom de la mouvance présidentielle, benoit Dègla théorisait sur le fait que derrière chaque opposant, un journaliste ou un syndicaliste, se cachait un trafiquant d’arme de guerre, un recruteur de mercenaire et un complice de complot d’assassinat contre le chef de l’Etat. Or, le 12 octobre 2010 se trouvaient précisément à la bourse du travail des militants de droit de l’homme mais surtout des syndicalistes donc des trafiquants d’armes de guerre, des mercenaires et des assassins potentiels du chef de l’Etat, des cibles militaires. Quelqu’un avait parlé de la promesse de feu et de sang ; on a fait semblant de ne pas le croire.

Le feu est déjà là ; il ne reste que le sang !!!

arimi choubarim

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Garrigues-Ste-Eulalie, 22/10/10

    Bien cher Arimi,

    Je suggère, qu’avec en exergue la phrase suivante : « la France a beaucoup de respect pour la façon dont le chef de l´Etat conduit le Bénin. » a dit Monsieur Claude GUÉANT, Secrétaire général de l’Elysée, les informations qui mettent en cause le gouvernent béninois dans ce problème soient systématiquement communiquées à Monsieur Claude GUEANT, Secrétaire général de l’Elysée.

    Amitiés d’Olympe