France et éclopés…

mercredi 27 octobre 2010 par Arimi Choubadé

Statut quo à la Francophonie. Diouf prolonge sa prime de dépaysement après son départ du pouvoir au Sénégal ; le contingent africain n’a pas perdu grand-chose de son ossature entre deux sommets. L’inamovible doyen Omar Bongo a tiré sa révérence mais son trône est valablement occupé par son digne rejeton. La présidence de l’organisation n’avait pas à se casser les méninges outre mesure lors de l’élaboration de l’ordre du jour ; il a suffit de consulter les préoccupations de l’administration Sarkozy de ces derniers mois : l’insécurité en zone sahélienne en Afrique et la gouvernance mondiale. Décryptage : contribuer à retrouver les 5 otages français détenus par Al Qu’aida au Maghreb islamique (Aqmi) et introduire au conseil de sécurité de l’Onu, un des « mineures africains » sous tutelle de la France. On aurait dit un sommet France-Afrique bis avec en moins l’opération de charme envers les incontestables grands du continent noir, pour la plupart non francophones (Afrique du sud, Nigéria, Egypte, Ghana…).

Il est clair que ces messes « francophoniques » n’intéressent que très peu les autres pays majeurs tels que le Canada ou la Belgique et les asiatiques plus portés sur le modèle du grand frère chinois. Juste un truc de solidarité culturelle sans plus ; une petite parenthèse en forme de câlin aux minorités québécoise et flamande (respectivement pour le Canada et la Belgique). Demeure un résidu composé de la France et de ses mineurs africains pour qui la Francophonie à un certain sens diplomatique. Les sommets se suivent et se ressemblent donc : tous ensemble embarqués dans la défense de l’exception française. Sous entendu que les 14 marches-pieds d’Afrique francophone devraient immoler toutes ambitions propres sur l’autel dédié à la grandeur de l’ancienne puissance coloniale. A travers la mission de faire retrouver les otages et d’accéder au conseil de sécurité de l’Onu ; c’est-à-dire de rétablir l’image impériale du tuteur sur la zone sahélienne et de lui adjoindre un allié assujetti et soumis au sein du conseil de sécurité.

On sent bien Sarkozy à l’étroit sur la scène internationale. Ses appuis véritables se limitent à ces éclopés d’Afrique, légendaires incapables au poids quasi inexistant. Des pseudos Etats dépourvus de tous repères internes sur les modulations de leurs propres économies à commencer par la monnaie d’emprunt propriété de la banque de France. Une monnaie si négligeable que l’Euro consent à cohabiter avec elle sans la remarquer. Jamais, un invité africain francophone à un des conclaves de Bruxelles, alors que les deux espaces sont sensés être en union monétaire. Du mépris expressif d’un état d’esprit caractéristique de ce que pense l’Europe hellénique de ces peuplades primitifs dont les dirigeants ne rêvent que de jouissance, de kleptomanie, de prédation des libertés et de totalitarisme. Difficile pour les partenaires européens de la France de comprendre les motivations de gens acceptant de réfléchir et de gérer leur cité par procuration bien qu’étant indépendants depuis un cinquantenaire et de faire de la défense de l’exception culturelle de l’ancien colon leur raison de vivre.

Bien pâle cependant, l’instrument dédié aux ambitions internationales de la France. L’Elysée se serait rendu service en coupant la bride d’asservissement de ses suppôts. Leur accorder par exemple la possibilité de battre eux-mêmes leur monnaie ; rien que cela. La France demeurera une puissance en déclin tant et si longtemps que les relais naturels de son rayonnement international s’appuieraient sur des éclopés, incapables d’avoir ne serait-ce que leur monnaie propre, négligeables dans les échanges commerciaux, instables et pillés par son élite. Le trône d’Angleterre peut se réjouir de l’émancipation de ses anciens sujets, devenus puissances planétaires et dominantes dans le monde. Ce qui dispense le 10 Downing-Street de rechercher des otages ou de quémander des vétos à l’Onu pour d’anciennes colonies anglaises.

A la France de choisir entre être le chef des nuls ou l’allié des meilleurs…

Par Arimi Choubadé
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