Pas de solution militaire…

mardi 2 novembre 2010 par Arimi Choubadé

Le 26 octobre 2010 n’a pas échappé à la traditionnelle tentative de réhabilitation de la pseudo révolution marxiste léniniste de 1972. 17 années de sang, de larme, de détournement de biens publics, de violation des droits de l’homme et de répression aveugle, que des nostalgiques voudraient présenter comme l’âge d’or de la République. Période pendant laquelle l’ordre, l’honneur du drapeau et de la hiérarchie règneraient. Une tricherie sur l’histoire assortie d’un malsain appel à la grande muette pour une nouvelle aventure sans lendemain. Cette armée sait bien qu’elle n’a jamais payée pour ses crimes parce que les délégués à la conférence nationale se sont contentés des déclarations et promesses des hauts gradés de ne plus sortir des casernes pour investir le champ politique. La nation avait accepté de faire le deuil des milliers de personnes âgées déportées vers des camps de concentration (Porto-Novo, Ahozon) pour y mourir, privés de nourriture, d’hygiène, d’affection, au nom de la lutte contre la sorcellerie ; deuil également de tous ces élèves, étudiants, fonctionnaires, ouvriers envoyés à la torture et à la mort. Une dette imprescriptible prohibitive de toute prétention de salut public en provenance des casernes.

Il va être très compliqué au Général Mathieu Boni et ses troupes de justifier de leur neutralité après l’épisode du 12 octobre 2010 où les forces sociales et politiques hostiles au gouvernement avaient clairement été identifiées comme des objectifs potentiels des chars d’assaut sortis en bouclier contre des manifestants pacifiques. Sans oublier que la Marina grouille de sulfureux détails sur des accointances de hauts gradés avec certains scandales du règne des émergents. Plusieurs députés attendent en vain de connaitre toute la vérité sur l’exécution des marchés de constructions d’école sous couvert du génie militaire. Passons également sur les donations et autre libéralités des faux placeurs propagandistes du régime et surtout la collaboration officielle entre ces mêmes escrocs et la hiérarchie militaire. Ne parlons pas des plaintes d’acteurs politiques au sujet de l’activisme débordant de certains hommes en uniforme transformés en colleurs d’affiches ou en soutien à des listes de candidature du regroupement politique du chef de l’Etat à l’occasion des législatives de 2007 et municipales de 2008.

Pendant qu’on y est, les casernes sont loin de constituer des îlots de vertu et de cohésion entièrement épargné du tourbillon sociopolitique, version émergent. Le général Fernand Amoussou se souvient certainement des attaques, en dessous du niveau de la ceinture, dont il a été l’objet publiquement et sur la télévision nationale de la part de gens dont il était encore le chef incontesté quelques mois plutôt. Un colonel qui contestait à son ancien chef d’état-major général, le port d’un grade et la qualité d’occuper un poste à une mission de paix sous l’égide des nations-unies. Les bisbilles entre, d’une part, le colonel Ndah et certains de ces frères d’arme au sujet du contrôle de la maison des barbouzes, entre le chef d’état-major général et ses adjoints, d’autre part, sont de notoriété publique. Quoiqu’on dise, le régime de stabilité par excellence est celle qui a débuté à la conférence nationale à l’hôtel Plm Alédjo de Cotonou. Jamais une aventure militaire n’a offert une telle longévité à la République. Et ce n’est pas parce que quelques corrompus se refusent à lâcher le pouvoir après en avoir abusé durant 5 ans, qu’il faut remettre l’armée au cœur d’une nouvelle odyssée sanglante. Tout le monde connait la rançon d’un arrêt brutal du processus démocratique pour un pays dont le trésor public est aussi éreinté comme le Bénin : suspension de l’aide internationale, gel des programmes de développement, arriérés salariaux, exile, répression. Le tout avec une population frondeuse devant l’éternel.

L’histoire doit suivre son cours normal, avec ou sans les émergents…

Par Arimi Choubadé
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