Au nom de Yayi et de Dieu…

jeudi 4 novembre 2010 par Arimi Choubadé

Un ordre d’invocation attribué au ministre de la santé face à des infirmiers déchainés venus lui notifier, le 03 novembre 2010, une motion de grève générale sans service minimum. Lui, Issifou Takpara, grand prédicateur évangélique, auteur d’une telle préséance qui place son mentor et bienfaiteur terrien avant le créateur. Une constance de la nouvelle religion en vogue depuis avril 2006 à savoir le Changement. L’exclamation du transfuge tchoco-tchoco fraichement reconverti à l’émergence résonne encore dans de nombreuses têtes avec l’affirmation que Yayi est plus que Dieu. Les prières au très haut prennent souvent beaucoup de temps avant de se concrétiser alors que celles faites au docteur-président se réalisent au quart de tour. Le président de la République au cours d’une de ses randonnées sulfureuses découvre une école inondée à Yagbé en banlieue de Cotonou et dès le lendemain des bulldozers sont envoyés déblayés l’édifice ; une célérité sidérante – même si deux ans plus tard la moindre pierre n’a été vue sur le site aux allures d’un champ de ruine.

On peut logiquement se demander ce que vient faire Dieu dans une séance de remise de motion de grève à un ministre de la République. Le problème justement c’est que le commis en question est un homme d’église, un des potentiels encadreurs spirituels du chef de l’Etat. Ceux qui détiendraient tous les leviers de l’appareil du Changement et qu’on retrouve dans tous les coups fourrés du mandat : Cen-Sad, Icc-Services, Gsm, machines agricoles, exfiltration de Séfou Fagbohoun par l’armée, etc… Sauf que les manifestants ne s’étaient pas rendus au temple où officie normalement leur vis-à-vis mais dans un ministère de la République ; endroit où on devrait leur expliquer pourquoi l’impasse de la disparité dans les primes de risque perdure depuis près de deux ans. Les infirmiers en furie ont été tout bonnement renvoyés à Dieu avec la promesse d’une transmission de leurs doléances à qui de droit. On veut bien savoir puisque cela fait des mois que cela dure sans que personne ne soit en mesure de sortir la parade idoine.

Double esquive caractéristique du délitement de la gouvernance publique sous le régime Yayi. En effet, c’est au nom de ces fameuses primes que l’ancien ministre des Finances, Soulé Mana Lawani aurait été débarqué du gouvernement à en croire l’une des passionnantes proses issues du conseil des ministres. Kessilé Tchalla, ancien ministre de la Santé et artisan de première heure du « yayisme » aurait également laissé des plumes dans cette affaire. On n’oublie pas le lourd tribut payé par les populations aux multiples grèves paralysantes dans tous les centres de santé publics du pays. La comptabilité des morts faute de soin n’a jamais été un élément préoccupant pour les protagonistes. Et visiblement, le ministre prédicateur ne semble nullement concerné par la menace de grève générale sans service minimum annoncée par les liseurs de motion. Il ne ferait rien de son propre chef pour l’empêcher puisqu’il s’en remet à son chef d’abord puis à Dieu ensuite. Au docteur-président d’expliquer aux infirmiers qu’il n’y a pas de primes de risque pour eux alors que son gouvernement a été capable de débloquer des centaines de millions pour la réfection d’un avion présidentiel usager ; d’autres centaines de millions distribués aux chefs traditionnels, aux dignitaires du cultes et aux chefs religieux ; des millions également pour les ministres envoyés expliquer que le chef de l’Etat n’aurait rien à voir dans l’escroquerie des faux placements ; des dizaines de milliards pour faire organiser le sommet de la Cen-Sad à Cotonou. Aux revendications des infirmiers, on oppose très souvent le risque de faire supporter de nouvelles charges fixes au trésor public. Le docteur-président ne peut-il pas commencer par réduire les ballades d’hélicoptère ? De quoi régler la question des primes des infirmiers.

Au nom de Dieu et des victimes potentiels d’une paralysie des hôpitaux…

Par Arimi Choubadé
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