Moukaram parle aux Béninois…

lundi 15 novembre 2010 par Arimi Choubadé

Il veut vaincre l’argent, en offrant de la lecture à ses compatriotes. Autant dire un combat presque à mains nues de Moukaram Badarou, admis dans la famille des écrivains officiellement depuis le 12 novembre 2010. Aux spécialistes du livre de donner à l’ouvrage le qualificatif qui convient. Son prestigieux préfacier, le professeur Albert Tévoédjrè que l’on dit expert en toutes matières y compris en roublardise politique a parlé d’opuscule. Le grand public retient un ouvrage au titre volontariste : 50 ans après les Indépendances : Renouer avec les repères. C’est ce que croit l’auteur. Cette chronique n’ambitionne pas de lire l’œuvre à la place des lecteurs ou de la réécrire à la place de l’auteur. Elle (l’œuvre) doit son existence à son auteur, un acteur politique de premier plan dans un milieu où les vocations de ce genre sont rarissimes et où les gens éprouvent pratiquement une peur pathologique à se faire attribuer des concepts susceptibles d’analyse, d’interprétation voire de critique

Pas évident que l’appel à une « victoire » sur l’argent puisse rencontrer un large écho au sein même de l’environnement immédiat de l’auteur. Ce dernier sait bien qu’ils ne doivent pas être très nombreux ses amis de l’Union fait la nation et des autres écuries politiques concurrentes ou partenaires à ne pas avoir gagné leurs galons sans bourse déliée. Les instituts de sondage n’avaient qu’à consulter les comptes en banque des principaux candidats à une élection pour établir les prévisions. Les émergents en sont si convaincus qu’ils n’ont mis aucune retenue dans la constitution de l’effort de guerre. Leur goût du superlatif justifie d’ailleurs tous les excès et scandales à l’origine de l’enlisement de la gouvernance publique sous Yayi. Pour les nouveaux princes, il fallait aller chercher l’argent partout où il se trouve, sans tabou. Ils sont allés jusque dans l’intimité miséreuse des ménages pour aller chercher de quoi financer les marches de soutien, les meetings de remerciement, les mouvements et autres groupes de prière acquis au régime par l’entremise des faux placeurs d’argent, en soutane de prédicateur.

Quelqu’un a décidé qu’une réponse était nécessaire à cette escalade malsaine en rapport avec l’argent d’où qu’il provienne. Un parti, une loi, un livre, une marche verte, une révolte populaire ? Ce fut finalement l’œuvre de l’esprit. Une initiative à double fonction notamment par son insistance sur le fait de « renouer avec les repères » et la volonté de réhabiliter la lecture dans un quartier latin qui semble en avoir perdu la culture depuis un moment. A condition bien entendu que chaque acteur choisi de prendre connaissance du cri de Badarou sans tenir compte de ce qu’il pense de la Lépi, de son ambition de voir son mentor politique, Me Adrien Houngbédji s’installer à la Marina en avril 2011 ou de sa trajectoire personnelle au sein de sa coalition politique. il s’agit d’une invite à la lecture et rien de plus. Le fait que préface et postface aient été confiées à deux figures politiques nettement antagoniques sur l’échiquier politique du moment devrait favoriser une adhésion massive à cet exercice.

Cette chronique ne prétend pas servir de guide de lecture susceptible de corrompre le jugement du lecteur. Néanmoins, on doit reconnaitre une certaine dynamique positive au discours. Pas seulement parce qu’il en appelle à une guerre contre le règne absolu de l’argent sur laquelle d’ailleurs le très croyant El Hadj Moukaram Badarou ne saurait revendiquer la paternité. Les écritures saintes foisonnent de prescriptions de ce genre. Cependant, le volet le plus positif de l’exercice de l’auteur est sa grande foi en ses compatriotes. Selon lui, pas question de se casser les méninges trop longtemps à propos de ce qu’il faut faire ou de recourir à des avis d’experts pour sortir la nation de l’impasse. Selon lui, une cinquantenaire après les indépendances, les repères seraient toujours disponibles et il ne tient qu’à ses compatriotes d’accepter de renouer avec eux. En clair, les valeurs fondatrices de notre communauté de destin sont là, à portée de main. Il suffit de ce réconcilier avec elles.

Avant qu’il ne soit trop tard !!!

Par Arimi Choubadé
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