« Jusqu’aux pupilles de la République »…

jeudi 18 novembre 2010 par Arimi Choubadé

Tirade indignée que l’on doit à la nouvelle recrue du carré des stars sur Canal 3. Winner Abecy, présentateur-vedette de Actu Matin avait failli s’étrangler sur le plateau après la diffusion d’un reportage sur le déversement de petits gamins dans les rues de Cotonou au nom de la recherche de la paix et du dialogue. On voit bien à l’expression que le doigt accusateur ne cible pas que cette cynique procession de petits écoliers soustraits de la chaleur des cours de récréation pour un indécent activisme sur fond de propagande politique. Le « jusqu’aux pupilles de la République… » de Winner est descripteur d’un dangereux processus. Une tendance corruptible qui après avoir embrasé d’autres sanctuaires de la République s’attaque à des innocents qui comprennent à peine pourquoi ils sont jetés dans la rue, habillés, conduits en bétail vers une ministre censée défendre le droit et l’épanouissement des enfants puis soumis à une scène de zoo devant les caméras de télévision. Tel que résumé, l’enfance selon l’émergence.

Sur une radio privée de la place, l’accusation se fait plus précise à propos de la marche des enfants pour la paix de la part de l’emblématique président de l’association Alcrer, Martin Assogba : des conseillers du chef de l’Etat. La marche de la honte aurait donc été goupillée depuis la Marina sous Yayi, le berceau du populisme dégradant. On se souvient de la marche fondatrice de la propagande émergente dite marche verte contre la corruption conduite par le chef de l’Etat lui-même à travers les rues de Cotonou. Avec ces effets métastasiques sur l’ensemble du territoire national. Tout le monde devrait marcher et partout au Bénin en soutien au chef de l’Etat. Jeunes, femmes, conducteurs de taxi-moto, bénéficiaires de micro-crédits, rois et même pasteurs d’église. Ils sont allés chercher jusqu’aux écoliers en échos à l’insolite épisode de la plainte de Yayi auprès des Zémidjans sur l’absence de dialogue politique en pleine rue. C’est le franchissement du palier des écoles qui est à la base de la vague d’indignation : jusqu’aux pupilles de la République. Peut-être bien jusqu’aux têtes de linottes, mon cher Winner. Pourquoi pas une gigantesque parade des césarisées, bébés en mains, sur le macadam des grandes villes béninoises en soutien au chef de l’Etat pour sa décision de subventionner les césariennes ?

A chaque fois, on a cru entrevoir la limite de la déchéance. Mais hélas ! Les émergents enchainent les profanations de sanctuaires, fidèles à leur devise de soumettre l’âme même de la nation, rien que pour la gloire de leur champion. Dessein fatal à tout ce en quoi les Béninois pouvaient s’identifier à commencer par les institutions républicaines, traditionnelles, sociales et religieuses. Pas une seule n’a été épargnée de la souillure cauris. En temps normal, un gouvernement ne répondrait jamais à une grève effroyable dans les hôpitaux par des versets bibliques et un recours illégal à des briseurs de grève ; des escrocs ne seraient pas parvenus à rafler près de 100 milliards auprès des citoyens ; de pauvres paysans ne se seraient pas faits fusiller par des gendarmes en uniforme ; des chars de l’armée n’auraient pas été envoyés face à des manifestants ; le pays ne connaitrait pas une crise politique aussi dangereuse que celle autour de la réalisation de la Liste électorale permanente informatisée ; les scandales politico-financiers n’atteindraient pas ces niveaux jamais vus au Bénin. Le spectacle d’un président de la République convié à une démonstration de meeting et contre-meeting opposant un directeur de société d’Etat et son ministre de tutelle dans l’enceinte du port de Cotonou prouve bien l’ampleur de la tragédie. C’est dans ce grand désordre d’Etat que l’on tente de plonger les « pupilles de la République ».

Quelqu’un pour les implorer de ne pas voler aux petits marcheurs leur innocence…

Par Arimi Choubadé
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