La deuxième vie de Guézo…

mardi 23 novembre 2010 par Arimi Choubadé

Il pensait casser la jarre trouée, mais il en a ressuscité son inventeur. Les descendants du célébrissime roi de Danhomè doivent être les premiers à remercier le chef de l’Etat pour sa malheureuse réflexion sur leur illustre ancêtre. Malgré son inestimable héritage, jamais Ghézo n’a provoqué un tel buzz depuis sa disparition en 1858. L’agacement présidentiel à propos de ce symbole béatifié par toutes les générations de Béninois en marge de la kermesse du médiateur de novembre 2010 a le mérite de raviver un certain intérêt des citoyens pour l’histoire de leur pays. On en était presque à oublier que le palmier à huile, l’agriculture, la modernisation de l’administration, la libération du peuple Danhomè de la servilité vis-à-vis de son voisin d’Oyo se rapportent tous à une figure emblématique du parcours de la maison Bénin. Même les révolutionnaires dans leur pire hérésie de remise en cause tous azimuts de l’ancien ordre établi à travers les hommes et les systèmes qui les portent savaient tout le bien qu’il y avait à se servir du symbolique de ce grand homme d’Etat du 19ème siècle. Déjà abolitionniste avant l’heure, il trouvait à l’époque de son règne (1818-1858) que le commerce du palmier à huile, de la canne à sucre, du maïs était plus valorisant pour l’espace humaine que celui des esclaves arrachés à la suite de razzia et de guerres stupides.

Après le vaudou, le Danxomè a apporté un autre concept à la civilisation de l’universelle à travers les « amazones », un corps expéditionnaires uniquement composés de femmes guerrières en pointe sur la ligne de front à chaque fois que les frontières et la souveraineté du royaume étaient sous la menace des envahisseurs. Il a fallu Guézo pour révéler à l’humanité entière ces braves femmes capables de défier n’importe quelle armée de son époque. Ce fut tout simplement le plus grand roi du Bénin parce qu’ayant eu l’un des plus longs règnes (40 ans) et régné sur une plus grande portion de territoire après avoir repoussé le puissant voisin d’Oyo jusqu’à l’intérieur de ces frontières. Sa succession fut comme son règne, pacifique, joyeuse et sans contestation aucune avec la prise du pouvoir par un autre grand du Danxomé, Glèlè. Ces réalités-là ne s’effacent pas sur un vulgaire populisme mal inspiré.

Ce serait un jeu d’enfant pour le docteur-président de plaider la bonne foi. Le chef de l’Etat sous serment depuis le 06 avril 2006 ne saurait se permettre de déblatérer sur le sceau de l’Assemblée nationale. Au palais des gouverneurs à Porto-Novo, le perchoir de Maturin Nago est bien juché sur une estrade dans laquelle est incrustée le jarre trouée de Guézo. Chose hallucinante, c’est le spectacle de la sculpture en béton surplombant le domicile privé du docteur-président dans son Tchaourou natal où on voit très distinctement un cauris surplombant la jarre trouée. Un attelage beaucoup plus vieux que la naissance de l’Union fait la nation et son symbole. Par contre, les autres perroquets émergents qui essaient de faire échos à la raillerie présidentielle au sujet de la mémoire de Guézo ne peuvent espérer la moindre indulgence à leur égard. Juste des ignares méconnaissant tout des valeurs sur lesquelles le Bénin moderne tire ses appuis. Les yayistes auraient fait preuve d’intelligence en attaquant les unionistes devant les tribunaux, pour exploitation d’un symbole identitaire national au lieu de courir le risque de s’en prendre directement à la mémoire d’un héros national. Que dire de la pertinence de la question au sujet des probables auteurs du trou de la jarre ? Les gars de l’Union fait la nation n’étaient même pas encore nés au moment où Guézo évoquait la nécessité pour tous les fils du pays de boucher de leurs doigts le célèbre récipient. Leur attribuer alors la responsabilité des trous de la jarre ne serait qu’une hérésie de plus.

Le régime du Changement en raffole d’ailleurs…

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Merci Arimi d’avoir rappelé ce que fut le roi Ghézo.

    Il y a ce cependant un élément que tu as oublié. Ghézo est également le roi qui a le plus agrandi son royaume au point où, je me rappelle encore, dans les leçons d’histoire au cours primaire, le litre que portait la lecon sur ce roi était Ghézo le grand. C’est plus tard qu’écoutant Félix iroko, j’ai su que c’était en comparaison avec un autre roi ou empereur européen appelé Alexandre qui fut lui aussi pour son royaume ou pour son empire, celui qui l’avait le plus agrandi. Alexandre étant qualifié de le grand, les historiens béninois (je crois que les lecons du CM2 s’inspiraient du classique de Jean Pliya l’histoire du Bénin où le qualificatif est employé pour Ghézo) ont trouvé en Ghézo son homologue dahoméen. Je me rappelle encore que Iroko s’était montré en désaccord avec cette comparaison, non pas qu’il ne reconnaissait pas la valeur de Ghézo, au contraire, mais parce qu’il n’acceptait pas que pour nous valoriser nous-mêmes, nous soyions obligés de trouver un étalon européeen.

    Yayi est dans sa logique de ridiculiser tout ce qui vient du Plateau d’Abomey. Il parait que c’est une revanche qu’il veut prendre sur Abomey au nom de ces ancêtres soumis par les rois d’Abomey ; la preuve, il a fait venir au Palais de Tchaourou les deux (!) rois d’Abomey pour les faire boire dans la même calebasse que le roi (!) de Tchaourou. Ce qu’il a dit dernièrement, je ne crois pas que ce soit un déni ou une ignorance de l’histoire de sa part ; mais plutôt un pas de plus dans sa logique de réduire à néant le Plateau d’abomey. C’est un sacrilège ; et quiconque commet un sacrilège sera chatié.

    Un premier pas dans le chatiement à lui infliger est de voter contre lui aux prochaines élections présidentielles de 2011.