Dépenser sans produire…

jeudi 25 novembre 2010 par Arimi Choubadé

Quand le partage précède la prospérité. Les primes démagogiques, les chantiers de la démesure, le luxe au sommet de l’Etat, les cooptations à tour de bras à la Présidence de la République, l’exceptionnelle prodigalité vis-à-vis des charlatans et autres diseurs de bonnes nouvelles avant la croissance à deux chiffres, les usines tous azimuts, le rush des investisseurs étrangers. Lorsqu’on parlait de prospérité partagée, naïvement, des faibles d’esprit comme moi avions pensé un instant que le docteur en économie de développement allait dans un premier temps booster l’économie nationale. La campagne électorale du banquier-candidat alléguait en son temps qu’il était possible de faire passer le tonnage du coton à 400 milles tonnes dès la saison 2007-2008. Depuis, ce tonnage est passé sous la barre des 150 mille tonnes malgré la centaine de milliards engloutis à cet effet. La douane dans une phase ascendante voire angélique à l’arrivée du régime du Changement a plutôt amorcé une tendance inverse depuis des années. Rien d’étonnant à cela en consultant le rapport mondial sur l’état désastreux les opportunités d’affaire au Bénin. Seul le docteur-président sait où il trouve sa prospérité qu’il ventile à tour de bras.

Le premier convive au festin est le patriarche retraité élevé au Haut commissariat de la prospérité partagée. Avant même de constituer la richesse, le docteur-président la distribue déjà. C’est ainsi que des médecins et paramédicaux ont pu apprendre du prince du Changement, la promesse de porter leur prime de risque à 100 mille francs CFA chacun sans avoir rien demandé. L’arrêté va être rapporté quelques mois plus tard sur fond de discrimination puisque les médecins conservent ce cadeau du ciel, pas les paramédicaux. Une méprise gouvernementale qui vaut aux Béninois de subir d’effroyable grève paralysante de tous les centres de santé publics sur le territoire national sur plusieurs semaines sans service minimum. Mort assurée pour tous ceux qui seraient visités par la maladie pendant les excès de colère des paramédicaux. Au même moment où la prospérité faisait des siennes à l’occasion des journées fériées pour cause de Tabaski, de fête de l’indépendance ou de journée de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi).

Cette exceptionnelle prodigalité n’est que l’expression de la mentalité de ceux qui ont pris le pouvoir en avril 2006. A voir le nombre de bals forains, de banquets festifs et bains de foule honorés par le chef de l’Etat en personne, on comprend mieux cette tendance à la jouissance et à la fête. Selon eux, la prospérité était déjà là et il ne reste qu’à en jouir et à en partager aux courtisans et amis. Le faux procès sur les caisses vides, le reliquat de 200 millions laissés par le gouvernement Kérékou ne furent que diversions pour détourner les esprits de la gigantesque orgie en préparation. Mais, le flair des banquiers émergents étaient allés au-delà de l’argenterie nationale limitée malgré les prévisions fantaisistes et imaginaires annuellement inscrites au budget national. Pour continuer à partager aux copains la prospérité, il fallait recourir aux ressources des ménages. Besogne confié aux faux placeurs chargés d’installation des stands de captation des maigres pécules des pauvres à travers tout le pays. Et comme, le piège à épargne ne fonctionnait pas très bien, il a été décidé de mettre en confiance les cibles potentiels à travers les audiences accordées aux escrocs à la Marina, les descentes présidentielles au siège de l’arnaque à Abomey-Calavi, les manifestations de propagande honorés par les ministres de la République ou des proches parents du chef de l’Etat. En clair, ils se sont partagés une prospérité qu’ils n’ont jamais créée. En fin de mandat où il n’y a plus rien à partager, les gens peuvent mourir dans les hôpitaux abandonnés.

Ils ont mangé, bu, danser, et souhaitent rempiler…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/846-depenser-sans-produire.html