L’appel à la délation…

mercredi 8 décembre 2010 par Arimi Choubadé

La nouvelle mission du peuple émergent est connue : la traque impitoyable aux entrepreneurs prétendument indélicats. Soit ! Une exhortation du docteur-président qui impose aux populations à dénoncer directement à la présidence de la République les entreprises ayant obtenu des marchés d’infrastructures communautaires. Très noble cette incitation civique à la veille citoyenne. Un désaveu cinglant à tous ceux qui pensaient que la Marina manquait d’imagination et qu’elle ne parviendrait pas à réagir face à son absence de bilan. La parade est donc là, toute trouvée. Si les routes, les hôpitaux, les poteaux électriques, les ponts, les écoles, les centres de loisirs promis par Yayi n’ont pas connus le jour, c’est la faute à tous ces profiteurs qui ne parviennent pas à achever les travaux dans les délais convenus. Les Parakois sont désormais instruits à saisir directement la Présidence de la République des blocages autour de la construction d’un aéroport à Tourou ; de même que les gars de Tori invités à s’en prendre à l’entrepreneur en charge des travaux de bitumage de la route Allada-Ouidah. Le manège peut être étendu dans la Vallée de l’Ouémé, le long des tronçons Calavi-Bohicon, Parakou-Djougou ou Cotonou-Comè-Lokossa, etc…

Demeure cependant une omission importante du docteur-président, celle des engagements non honorés vis-à-vis des adjudicataires de chantier par de son gouvernement. C’est connu que les défilés militaires et les manifestations festives ont eu lieu sur des sites réalisés à crédit à l’occasion des célébrations de la fête de l’indépendance aussi bien à Parakou en 2008, à Lokossa en 2009 qu’à Porto-Novo en 2010. C’est bien loin l’époque où le tout puissant ministre des Travaux publics se perdait en conjecture devant les caméras sur le patriotisme de ces entrepreneurs qui auraient accepté préfinancer des chantiers en attendant de se faire rembourser par l’Etat béninois occupé à distribuer des centaines de millions à des chefs religieux et coutumiers. Les mêmes entrepreneurs par la suite voués à la délation publique pour sauver l’honneur d’un régime. La faute aux autres si le bilan est négatif. Une vieille technique connue de tous les systèmes populistes. Il suffit de piquer une vive colère médiatique sur un chantier pour que le chef de l’Etat soit épargné du ressentiment des populations flouées et abusées à des fins électoralistes.

Un émergent pour expliquer comment un paysan confronté aux déboires de ses cotonniers peut reconnaitre les délais de livraison d’un chantier de route. Pendant que le pauvre instituteur de village est investi de la mission de surveillance des échéances de travaux de route, on se demande ce que feraient les structures publiques grassement financées par le contribuable et normalement compétentes pour ces genres de besognes. C’est en conseil des ministres présidés par Yayi lui-même qu’on a appris que des marchés publics s’attribuent illégalement lors de l’organisation du sommet de la Cen-Sad, de la gestion de la Sbee, de la Sonapra et autres sans que des sanctions n’aient été infligées aux présumés mis en cause. Il suffit que le chef de l’Etat cherche à connaitre les sources de financement des marches et meetings organisés en son honneur par des adjudicataires de marchés publics pour comprendre en partie pourquoi certains chantiers souffrent autant. Yayi sait également que son appel à la délation exclut d’office les élus locaux lorsqu’on se réfère à l’éviction de la mairie d’Abomey au profit d’un machin créé de toute pièce pour conduire les travaux de réhabilitation de la cité historique. Les raisons des piétinements sur les chantiers ?

Meetings, prières, marches et 10%...

Par Arimi Choubadé
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