Président et rebelle…

jeudi 9 décembre 2010 par Arimi Choubadé

Rebelle à l’Onu, rebelle au Fmi, rebelle à l’Ua ; rebelle à l’Ue, rebelle à la Cedeao et même rebelle à la majorité de ses compatriotes ayant porté leur suffrage sur son challenger au second tour de la présidentielle du 28 novembre 2010. Ni Obama, président de la superpuissance mondiale ni Nicolas Sarkozy, président de l’ancienne puissance colonisatrice ni Thabo M’Béki, l’ami des périodes difficiles encore moins les camarades socialistes français ne sont parvenus à convaincre Laurent Gbagbo qu’un autre destin autre que celui de président de la Côte d’Ivoire est possible. Malgré le bonus de 5 ans obtenu sans élection, le messie-promis des « patriotes » ne veut rien entendre. Président de la République il fut, Président de la République il est, Président de la République il entend demeurer. Jusqu’à quand ? Tant que les « patriotes » et autres escadrons de la mort conserveront leur capacité de nuisance dans les rues d’Abidjan.

La crise ivoirienne issue du scrutin de 2010 est la meilleure des choses qui puissent arriver aux Africains. Puisqu’elle introduit pour la première fois la notion de crédibilité d’une proclamation de résultats. A travers le concert de réprobations internationales face au verdict du Conseil constitutionnel ivoirien dont les décisions sont sensées être sans recours. Une notion de dernier ressort juridictionnel en matière électorale totalement dévoyée par la saga ivoirienne. Une posture de démiurge transformée en une imposture de courtisans, au nombre de 7, qui ont poussé le bouchon de l’inamovibilité jusqu’à annuler près de 13% des suffrages exprimés. S’il fallait invalider jusqu’à 40% pour que leur champion gagne il l’aurait certainement fait. Juste une question de préservation de privilèges claniques, familiaux, partisans voire tribaux. Gbagbo, éminent universitaire de son Etat, sait bien que le bonheur et le rayonnement international de la Côte d’Ivoire ne réside pas dans une exclusion du pays de la Cedeao ou dans des menaces de sanctions du Fmi, de l’Onu ou des autres institutions internationales ou sous régionales.

On a bien vu que le holdup du Front populaire ivoirien n’est pas un acte isolé d’un détraqué avide du pouvoir mais d’une hystérie collective cautionnée par des professeurs d’université, des juges de haut niveau, des économistes de renom bien sûr de la racaille de la pire espèce conviée aux casses et autres voies de faits. Un prestigieux aréopage fatalement grisé par les fastes du moment. Dans un univers de précarité et de remise en cause caractéristique de la quasi-totalité des francophones au sud du Sahara, la peur de perdre des avantages acquis devient la pire des cauchemars. Etre président d’une institution apparait plus comme une récompense pour services rendus ou pour services à rendre plutôt que comme un devoir citoyen ou pire un sacerdoce. On doit sa nomination au sein d’un Conseil constitutionnel, à un homme qui logiquement devrait en attendre un retour d’ascenseur. A quoi ressemblerait dans ces conditions le cahier des charges préalablement établi entre le nommé et son bienfaiteur ?

L’heure n’est plus à se conjecturer sur ce que Yayi aurait dit ou fait promettre à chaque membre de la Cour constitutionnelle béninoise avant nomination. Le cas ivoirien certifie la thèse de la relation de cause à effet. A l’instar de ce qu’on a pu observer au Togo, au Gabon, au Cameroun, au Sénégal, au Zimbabwe et ailleurs. Sauf que la dérive ivoirienne est née en même temps que sa solution à savoir la procédure de « certification » onusienne. Pourquoi ne pas embrayer sur cette occasion pour généraliser un recours systématique à l’Onu pour la supervision des élections sur demande des candidats (de l’opposition ou de la mouvance). A défaut d’une commission électorale onusienne pour des processus électoraux aussi incertains que celui de 2011 au Bénin.

Il vaut mieux un seul président rebelle que plusieurs dans la sous région…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/856-president-et-rebelle.html

Messages

  • Monsieur
    Je partage pas trop votre avis mon cher, je trouve que vous avez été superficiel et depuis que je parcours le net, je n’ai jamais lu un seul article qui a essayé de poser le problème fondamental à part celui que j’ai lu sur le blog de aymard, tous contre gbagbo... et que j’ai apprécié. On est des démocrates mais nous pouvons réfléchir à certaines situations et voir ce qu’on en tire, pourquoi cela et comment faire pour l’éviter au lieu que les gens s’infiltrent dans nos pays pour apporter l’instabilité, vraiment et vraiment.
    Tout le monde s’acharne sur Gbagbo, parlant de démocratie, démocratie feignant d’ignorer l’origine de cette crise et les acteurs en présence.
    Et sur ce point, lisez aussi la lettre du professeur faustin au parti socilaiste et soyons pragmatiques.

    • Je ne comprends rigoureusement rien de ce que ce monsieur exprime comme préoccupation.
      le principe en démocratie est le respect du choix majoritaire. Il n’y a aucune autre réflexion à faire si nous voulons consolider nos Etats et laisser moins d’espace aux apprentis sorciers, à savoir ceux qui pensent à tort qu’ils ont un titre foncier sur la nation qui les a portés. Voyez-vous, la Côte d’Ivoire a coûté une grosse fortune à la communauté internationale. Peut-être, ne le savez-vous pas. J’en passe pour les détails relativement à la certification onucienne de chacune des étapes du processus électoral. Et si, vous en saviez une bride d’information votre réaction serait toute autre. Non seulement, il faut condamner GBAGBO qui devient une espèce en voie de disparition, Dieu merci, mais il faut décourager tous ceux qui sont tentés par cette aventure satanique. Il paraîtrait qu’il serait chrétien évangélique.
      Connaissez-vous le slogan de campagne de La Majorité Présidentielle" On gagne ou on gagne"
      Tout est clair c’est à dire "même si je perds, je gagne". Ces gens-là font honte à l’Afrique et au nègre que je suis, pour ne pas dire horreur.
      A moins d’avoir l’esprit retord, il y a en Côte d’Ivoire un gagnant et un perdant, le perdant est Gbagbo, le gagnant, c’est OUATTARA.

      Pour finir, avez vous jamais vu une structure administrative ou juridictionnelle ou encore juridico-administrative ou encore règlementaire, pour faire plus court invalider les suffrages sur l’ensemble d’une région ? Est-ce intelligent ou raisonnable de faire croire que les partisans de OUATTARA ont semé des troubles ou fraudé dans une région où ils avaient récolté 93% de suffrages ? Je vous vois admirer cette manière moyenâgeuse et ridicule :
      1- d’imposer un couvre-feu, la veille d’une élection, c’est inédit et l’objectif est de faire peur pour ensuite frauder ;
      2- de mettre hors tension radios internationales et télévisions internationales, c’est inédit et c’est digne des régimes staliniens ; il y en a de moins en moins aujourd’hui ; Dieu merci ;
      3- enfin, je veux bien m’en arrêter là, de la part d’un responsable -je n’interdis d’utiliser "d’Etat" de continuer à présenter son challenger comme un étranger et un candidat de l’étranger et de ne parler que de guerre alors qu’il faut parler perspectives pour la Côte d’Ivoire.
      Nous sommes entrain de visionner un mauvais film où le rôle du méchant est malheureusement tenu par GBAGBO. Je n’aurais jamais pensé qu’un professeur d’université se comporte en ................

    • Oloro, si vous comprenez rien c’est possible mais en réfléchissant un peu je trouve que sa préoccupation est légitime.
      Si la cote d’ivoire a couté une grosse fortune à la communauté internationale c’est parcequ’elle espère en tirer plus tard profit sinon elle ne fait rien sans rien ; ce n’est pas pour les beaux yeux des ivoiriens qu’ils ont fait ça monsieur, ça je peux vous l’assurer. Que le pays se stabilise et qu’ils viennent par des accords récupérer le triple de leur mise c’est cela.
      D’aucuns disent que le conseil serait pro gbagbo et même si, alors qu’il ne désigne que trois membres sur 7 ; alors on peut aussi dire que la commission était pro ouattara et pourtant gbagbo a accepté de partir aux élections.
      Au sein de la commission électorale, commission indépendante on a :
      présidence : 4 membres de l’opposition et 1 membre de gbagbo
      commission centrale : 19 membres opposition et 3 membres gbagbo
      commission régionale : 380 membres opposition et 20 membres gbagbo
      Je me pose la question de savoir pourquoi la cei a dit que le taux de participation pour le second tour était de 70% et lors de la proclamation trouve que c’est maintenant de 89% alors que pour le premier tour c’était autour de 80 et lors du second tour, tout le monde a remarqué qu’il y a eu moins d’affluence. Comment elle a fait pour retrouver 89%. C’est tout un imbroglio et la solution c’est que le second tour soit refait avec une équitabilité au niveau de la cei ou alors ils font un gouvernement mixte et tout le monde se calme sinon c’est parti encore pour ne pas en finir.

    • Mon cher Yannick,
      Il me paraît utile de revenir sur les accords de paix et plus spécifiquement sur la certification de l’ONUCI dont j’ai parlé. Il est très important pour comprendre le dossier de s’appesantir car cette opération qui valide le processus électoral. Tout le monde était d’accord, y compris Monsieur GBAGBO. Je pense qu’au-delà du profit à tirer et dont je ne perçois pas clairement le bénéficiaire au niveau du Conseil de Sécurité ou de l’ensemble des membres de la Communauté internationale (192 pays ou plus) , il faut privilégier le retour de la paix et de la sécurité en Côte d’Ivoire. Ce pays est la locomotive de la région ouest-africaine. Et si vous êtes ressortissant de cette zone géographique, vous comprendrez aisément le danger que couve la situation actuelle dans ce pays frère. Chacun est libre d’avoir son opinion mais lorsque nous nous inscrivons dans des débats de ce genre, il y a lieu d’être plus objectif. Les chiffres que vous avancez me sont inconnus.
      Ayez pitié des Ivoiriens qui ne méritent pas d’être l’otage de quelques uns des leurs.
      Je vous confie qu’il y a un an, j’étais en Côte d’Ivoire. J’ai beaucoup circulé, j’ai questionné beaucoup de monde. Tous les analystes sérieux étaient convaincus qu’en cas d’élection présidentielle et en l’absence de fracture du bloc des houphouétistes, les chances du frère Laurent GBAGBO étaient très faibles.
      Il paraîtrait, je n’ai aucun élément d’appréciation rigoureuse que c’est ce qui expliquerait sa réticence apparente à aller aux élections.
      Je me rappelle à l’instant qu’il y a un an, le Président GBAGBO avait dissous la CEI et le Gouvernement.
      Pour conclure, je puis dire que l’argent qui abondamment dépensé par les Nations Unies en Côte pourrait servir à construire des infrastructures là-ba ou ailleurs dans la sous-région, sur le continent ou hors, même si vous pensez à" tort" que cet argent sera récupéré au triple. Cette assertion est bien vieille et ne peut plus berner personne.
      Il nous faut davantage de lucidité pour que la pression sur le clan GBAGBO, de plus en plus isolé, entende raison surtout que leur chef est le seul Ivoirien et que les autres sont tous des étrangers. J’ai l’impression, je veux espérer qu’elle est trompeuse et fausse, que vous ne mesurez pas l’ampleur du désastre qui frappe à nos portes.
      Si les situations analogues et similaires au Zimbabwe et au Kenya, de lugubre mémoire, certainement que ce gangstérisme des temps nouveaux n’aurait jamais vu le jour.
      Merci mon cher Yannick.

  • Je pense qu’il faut enlever le Sénégal et le Cameroun qui ne répondent pas à ce schéma ubuesque.
    Il faut faire travailler aussi votre correcteur qui réduit quelque peu la splendeur de votre style.
    Merci.

    • Merci Oloro pour tes remarques très pertinentes. La rédaction fait tous les efforts possibles pour vous rendre un produit plus digestes. Nous vous remercions encore une fois pour votre indulgence. Les contraintes d’un quotidien et surtout d’une chronique disponible parfois très tard sont à l’origine des coquilles.
      Veuillez recevoir, Monsieur Oloro ainsi que tous les autres habitués de cette chronique nos sincères gratitudes.
      arimi choubadé