Yayi n’est pas prêt pour 2011…

lundi 13 décembre 2010 par Arimi Choubadé

Il paraitrait que la constitution du Bénin prévoit deux élections majeures pour 2011, présidentielles et législatives. Mais visiblement, comme à son habitude, la Marina n’est pas au courant ou plus précisément « Yayi n’est pas au courant ». Ça c’est pour la caricature de la gouvernance à bord d’hélicoptère d’un chef totalement déconnecté du quotidien de ses compatriotes. Sauf qu’elle n’est pas très loin de la réalité des préparatifs autour des scrutins de 2011. Les émergents ont de quoi inscrire une autre « première fois » à leur palmarès. Personne ne peut leur contester désormais que c’est pour la première fois, en effet, depuis le début du renouveau démocratique que le corps électoral ne sait pas quand il sera appelé à choisir le Président de la République à deux mois de l’échéance. Il s’agit pourtant du point de départ de tout processus électoral ; le jour prévu pour le scrutin sert par la suite à déterminer les délais de procédure et à lancer la machine. Le calendrier électoral, la période de la campagne électorale, l’appel à candidature, la répartition des bureaux de vote, l’administration électorale, le couplage ou non des deux scrutins attendus, tous en veilleuse à deux mois des enjeux.

Un simple contretemps, peut-être. Thèse pourtant en déphase avec la détermination de la minorité de blocage dont dispose le pouvoir à l’Assemblée national à bloquer tout le système électoral. Président du parlement et présidente de la commission des lois, tous inféodés au régime du Changement se passent le mot pour multiplier les obstructions aux procédures parlementaires autour des lois électorales. Refus de convocation les plénières à temps, disparitions subites et répétées de la présidente de la commission des lois, dilatoires, recours intempestifs contre les lois votées devant la Cour constitutionnelle. Une Cour qui assure extraordinairement le relais en alignant rejets, injonctions, absences de célérité. Conséquence : décembre s’égrène sans que l’horizon des scrutins présidentiel et législatif ne se dégage outre-mesure. La constitution parle de 40 jours au plus et 30 jours au moins avant l’expiration du mandat en cours. Un premier tour de la présidentielle entre le 24 février et le 06 mars.

Et le candidat-président alors à deux mois du (ou des) scrutins ? En décembre on ne connait pas à Yayi ni bilan de mandat à vulgariser ni équipe de campagne ; son camp végète dans une surprenante insouciance marquée par les querelles entre clans rivaux. Pendant que les adversaires du régime parlent de projet de société, de programme de gouvernement, d’investiture de candidat, d’installation d’équipes de campagne, la Marina s’occupe de démenti de rumeurs de remaniement ministériel, de querelles de manutention portuaire, de transit sur le Niger, de polémiques autour du symbole du roi Ghézo. La seule stratégie politique visible reste celle de la guérilla urbaine déclenchée contre toutes les manifestations des opposants. Les préfets n’ont d’ailleurs que cela à faire en plus de la mobilisation des marcheurs soutenant la réalisation de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi).

On ne peut cependant pas reprocher au docteur-président de ne pas avoir suffisamment averti les Béninois de son dessein de ne pas organiser les élections sans cette fameuse Lépi. Un fichier électoral sophistiqué qui accuse près de 6 mois à un an de retard pour son achèvement et sa crédibilisation à deux mois du scrutin. A l’instar de Gbagbo, Yayi a cependant la légalité avec lui puisque, sur le sujet, la Cour constitutionnelle est d’accord avec lui qu’aucun autre fichier électoral ne saurait être utilisé sans la précieuse Lépi bien que sa réalisation soit prisonnière d’une controverse et à d’une désorganisation inédites.

La Lépi n’est pas prête, Yayi n’est pas prêt, la Cour n’est pas prête…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/858-yayi-n-est-pas-pret-pour-2011.html