Kérékou ne vote que pour Kérékou…

mercredi 15 décembre 2010 par Arimi Choubadé

Pari ouvert autour d’un éventuel point de chute du général Kérékou, en perspective de la présidentielle de 2011. Le nouveau jeu passionne les Béninois depuis l’annonce du ralliement de l’Undp, parti de Emile Derlin Zinsou à la vague unioniste portée par Houngbédji. La logique voudrait que tout homme politique de l’envergure des anciens présidents de la République se détermine à l’occasion de scrutins majeurs à l’instar des législatives et présidentielles de 2011. Nicéphore Dieudonné a d’ailleurs ouvert le bal en parrainant tout le processus de l’Union fait la nation, son candidat unique et son projet de fusion des partis signataires du protocole d’union du 1er septembre 2009. Un petit détail cependant, l’homme du coup d’Etat du 26 octobre 1972 n’est ni Soglo ni Zinsou. Je scrute en vain l’histoire politique béninoise pour y déceler un seul instant où Kérékou, en tant qu’homme politique, a roulé ouvertement pour quelqu’un autre que lui-même.

Les camarades révolutionnaires se souviennent encore de la célèbre pirouette de leur chef devant les délégués à la conférence nationale des forces vives de février 1990. Son retentissant : « Proposez moi un nouveau gouvernement tout de suite, je signe. Mais ne me dites pas démissionne ». Un lâchage en direct qui va se solder effectivement pas un sabordage total du parti unique avec pour seul survivant, Mathieu Kérékou, demeuré président de la République sous la transition. Seul à avoir conservé son poste assorti d’une amnistie pour tous les crimes de sang et les délits économiques commis au nom de la révolution populaire du Bénin. Il ne devrait rien payer, pas mêmes des remords, pour les 17 années au cours desquels des citoyens ont été torturés et tués pour leurs opinions ; des milliers d’intellectuels ont été contraints à l’exil ; les sociétés nationalisées sont presque toutes tombées en faillite ; l’Etat s’est retrouvé en banqueroute générale avec un taux de croissance négatif, des arriérés de salaires pour les fonctionnaires, toute l’administration publique paralysée par des débrayages sauvages, les écoles et hôpitaux fermés, des déchets toxiques enfouis en rase campagne contre prébendes. Malgré ce bilan quasi apocalyptique, le grand camarade de lutte obtient le droit de se présenter à la présidentielle de 1991 avec le privilège de se retrouver au second tour.

Quelqu’un pour me dire ensuite ce qu’a fait Kérékou durant sa prétendue traversée du désert entre 1991 et son retour à la magistrature suprême en 1996. En fait de désert à traverser, le général eu droit à des vacances paisibles. Jamais un mot, un geste, une déclaration, une action en guise de coup de main aux adversaires de son tombeur. Si seulement les Houngbédji, Tévoédjrè, Adjovi, Amoussou et consorts pouvaient savoir qu’ils guerroyaient au parlement à l’époque contre Soglo juste pour faire revenir au pouvoir celui qui les a contraints à l’exil, emprisonnés et condamnés, à mort pour certains. Et pourtant c’est lui qui vient rafler toute la mise pour la garder près d’une décennie.

Même au pouvoir, Kérékou ne s’est presque jamais illustré dans des consignes de vote pour des alliés, ni aux législatives de 1999 et 2005, ni aux municipales de 2002 en dehors de sa propre campagne pour sa propre réélection en 2001. Son rejeton Modeste aurait pu faire partie de la 5ème législature n’eut été cette caractéristique de son géniteur de ne rouler que pour lui-même. Le numéro d’équilibrisme à équidistance de Yayi, de Bio Tchané et de Houngbédji à l’orée de 2011 traduit une fidélité du général à lui-même. Aujourd’hui, un petit sourire au docteur-président, demain une audience chaleureuse à Abt, des déclarations alambiquées par moments. La proposition d’une nouvelle présidence de transition en cas d’impasse du processus électoral de 2011, ne lui déplairait peut-être pas pour un énième come-back.

Autrement rendez-vous dans l’au-delà pour des consignes de vote à autrui…

Par Arimi Choubadé
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