Yayi a toujours raison…devant Dossou

vendredi 17 décembre 2010 par Arimi Choubadé

Piètre gestionnaire pour syndicats, victimes de faux placements, majorité parlementaire mais fervent légaliste aux yeux des sages de la République. Que ceux qui y comprennent quelque chose nous éclairent un brin. D’un côté, centrales syndicales, partis politiques, majorité des représentants du peuple, organisations de la société civile, tous regroupés au sein d’un même creuset estiment qu’il n’y a pas pire menace pour la démocratie que le régime dit du Changement, incarné par Yayi Boni. De l’autre, les 7 sages (tous cooptés par le même Yayi Boni) prêts à béatifier leur bienfaiteur. Les décisions de la Cour constitutionnelle se suivent et se ressemblent depuis la découverte de la disposition magique de l’article 35 de la constitution : le docteur-président est un ange, et l’opposition parlementaire un ramassis de gens en conflit ouvert avec la conscience, la compétence, le dévouement, la loyauté, la probité. De mauvais citoyens dépourvus du moindre respect du bien commun. On peut donc multiplier les scandales, détruire toutes les filières agricoles, plonger le pays dans des crises sociopolitiques à répétitions, s’attaquer à tous les symboles de la nation et demeurer, invariablement le vainqueur éternel de tous les contentieux constitutionnels soumis aux sages.

Sur la crise du projet de budget 2011 par exemple, on attendait que les sages nous sortent l’article de la constitution qui permet au chef de l’Etat de confectionner de façon discrétionnaire des prévisions de dépenses à l’Assemblée nationale c’est-à-dire le passe-droit permettant au gouvernement de rendre caduc le vote des députés. Dans cette histoire, il est reproché à Yayi d’avoir unilatéralement décidé d’attribuer un budget à l’Assemblée nationale au mépris de l’article 150 du règlement intérieur de l’institution qui dit bien que : « …le Président de l’Assemblée nationale présente le projet de budget devant l’Assemblée plénière qui en délibère et en arrête le projet définitif à inclure au projet de loi de finances. ». Une peccadille, selon la Cour, que le docteur-président se permette d’inclure autre chose que « le projet définitif » constitutionnellement consacré. De toutes les façons, on ne saurait rien refuser au grand prince du Changement porteur de l’émergence chimérique et de la croissance à deux chiffres inaccessible, et qui a surtout décidé de nommer ou de faire nommer les 7 supers juges de la Cour constitutionnelle. Des apatrides, par contre, ces députés pour avoir contesté au docteur-président le droit de disposer du parlement comme de son hélicoptère.

Les émergents ne se cachent d’ailleurs plus d’être le « peuple élu » des sages. La veille de la décision de décembre 2010 sur le budget et les lois électorales, le professeur Albert Tévoédjrè, en grand métronome du régime promettait qu’il ne laisserait pas passer les choix du parlement. En tant que qui ? Il n’est pas membre de la Cour constitutionnelle et ne dispose d’aucun moyen légal de se faire entendre des sages. Néanmoins, il est convaincu qu’il se ferait entendre. Et sa volonté fut faite, au-delà de ses prétentions. Le ton en était donné auparavant au cours des débats parlementaires précédents le vote des textes rejetés, lorsque les députés de la minorité de blocage promettait que Robert Dossou et compagnie leur donnerait immanquablement raison. Comment oublier cette autre manière de satisfaire la Marina sans lui donner expressément raison ? Confère les innombrables recours des opposants demeurés sans suite. Et jamais, personne n’a pu évoquer contre les « sages » l’argument du dénie de justice ou celui de l’article 35 relatif au patriotisme des « citoyens chargés d’une fonction publique », dégainé à tout propos chaque fois que la majorité parlementaire tente de résister à une lubie du grand prince du Changement.

Pour les opposants, la démocratie béninoise en est réduite à un jeu où c’est toujours Yayi qui gagne devant les sages.

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Par Arimi Choubadé
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