La Lépi, dernier otage du docteur-président…

mardi 21 décembre 2010 par Arimi Choubadé

Il tient bien son ultime radeau sauvetage. Le docteur-président n’entend rien lâcher tant qu’on ne lui promettrait pas sa Liste électorale permanente informatisée (Lépi). Pas de convocations du corps électoral, pas de lois électorales, pas d’équipe de campagne, bref, pas de lancement officiel du processus électoral tant que la Marina n’aurait pas son fichier électoral sophistiqué. Impossible de faire changer d’avis à la meute d’émergents lancée sur toute l’étendue du territoire national avec pour unique refrain : « la Lépi ou rien ». Le message volontairement alarmiste se veut hors tout cadre institutionnel ou légal. Aucun des députés envoyés justifier la prise en otage du processus électoral ne se préoccupe de soutenir leur argumentaire par des dispositions constitutionnelles ou légales. Lorsque Dénis Oba Chabi, député « yayiste » proclame l’éventualité d’un report des élections, il se garde d’étayer ses lubies à l’aide de passages de la loi fondamentale ou de la législation. Parce qu’il rêve de voir son champion rester encore plus longtemps au pouvoir, il devrait en être ainsi. Sans oublier qu’au bout de la manœuvre, un gel des scrutins prolonge indubitablement le mandat des députés ; quelques mois supplémentaires de primes, de dotations, de frais de missions.

Que dire de la mégère, député, espiègle, dérangée et experte dans des dilatoires lors des procédures parlementaires liées aux scrutins de 2011 ? Sa nouvelle religion est toute trouvée : « pas de Lépi, pas d’élection ». Là encore, la rhétorique est totalement déphasée, sous-tendue par une insouciance et une désinvolture très surprenantes de la part d’un représentant du peuple. Surtout que ce n’est un secret pour personne que le report des élections signifie crises sociopolitiques, violences, déplacements de populations, rixes, déflagration générales. Un conseiller du chef de l’Etat avait d’ailleurs prophétisé la guerre civile au cas où le camp présidentiel n’aurait pas sa Lépi pour les élections de 2011. À quelques trois mois de la fin de mandat, la prophétie a laissé place à l’effectivité. Le Bénin n’a jamais connu de rébellion armée, de charniers, d’épuration ethnique, de sanctions internationales mais n’est pas en mesure de tenir ses élections pourtant prévues depuis 5 ans. Comme si une terrible malédiction s’était abattue sur ce pays, traditionnellement, paisible depuis un certain 06 avril 2006.

En cette fin de mandat, on attendait des émergents qu’ils exhibent aux Béninois la croissance économique à deux chiffres, les industries tous azimuts, les grandes œuvres infrastructurelles, les corrompus mis hors d’état de nuire. Les voilà qui s’arcboutent autour d’un fichier électoral inexistant. Le régime concentre tous ses atouts sur cette bataille de la Lépi, instrument pris dans une impasse totale. Yayi et les siens ne peuvent pas ignorer qu’ils ne disposent pas des moyens légaux pour parvenir à l’achèvement du processus de réalisation de cette Lépi. Ne disposant pas de la majorité au parlement, ils savent que toutes les autres étapes de validation parlementaire en faveur de cette affaire sont vouées à l’échec. Curieusement, le seul espoir du pays est porté par les victimes du chantage à la Lépi. Pendant que le pouvoir Yayi se refuse de préparer son bilan, d’installer ses propres équipes de campagne ou de convoquer le corps électoral, les autres s’organisent méthodiquement, passionnément comme si de rien n’était. De la même manière que les manifestants réprimés à la bourse du travail avaient opposé des roseaux aux chars d’assauts déployés pour leur barrer la route dans les rues de Cotonou. Avec l’espoir que la guerre civile promise par le conseiller présidentiel, Amos Elègbè n’ait jamais lieu parce que la meute émergente n’aurait pas eu d’adversaires.

La Lépi ou les élections ? À Yayi de décider…

Par Arimi Choubadé
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