L’argent ne fait pas le sage…

mercredi 22 décembre 2010 par Arimi Choubadé

Les seuls à ne pas avoir participé à des marches de soutien ou des meetings en l’honneur du chef de l’Etat ; à ne pas avoir animé des concerts de louanges à l’endroit du régime du Changement sur le perron de la Marina ; à ne pas avoir insulté publiquement les opposants pour leur prétendue ingratitude vis-à-vis du docteur-président ; à avoir refusé les nombreux milliards déversés sur les lieux de culte. Il n’y a que les prêtres catholiques pour faire asseoir tous les protagonistes de la crise politique. Bien qu’aucun passage de la constitution ne leur ait été consacré. Sans gardes du corps, sans véhicules de fonction, sans escorte et autres avantages mirobolants au frais de la princesse. Les seuls pratiquement à échapper aux diatribes des parlementaires. Les véritables intouchables de la République, hors d’atteinte de la vague de déstructuration des valeurs communes. Même les prétendus « sages » consacrés par la constitution et siégeant à la Cour constitutionnelle ne sauraient affichés pareille sérénité.

Le clergé catholique visiblement en ultime rempart contre la paupérisation grandissante des repères moraux en 5 années d’émergence. Le dernier bastion à avoir résisté à l’argent facile, massif sorti des caisses de l’Etat. Ce qui est loin d’être le cas de ces nombreux Imams qui se font offrir des friandises et des victuailles par des ministres de la République durant le jeûne musulman, et des dizaines de fidèles mahométans acceptant, chaque année, des billets d’avion pour le pèlerinage à la Mecque. Comble de l’avilissement pour tous ces pasteurs regroupés dans des mouvements politiques acquis au gouvernement, et qui ne rechignent pas à s’allier à des trafiquants de toute sorte voire des faux placeurs d’argent, sponsors des activités de propagande du régime. Il y a pire avec l’instrumentalisation des chefs traditionnels invités à renier leurs propres sujets devant les caméras de télévision contre l’obole des princes du Changement. On ne compte plus les atteintes à la sacralité des couvents livrés aux porteurs de valise, au pays du vaudou.

Une opération de sape en profondeur des bases de la nation dont on pouvait s’interroger sur la finalité. L’absence de réactivité du pays réel face aux menaces qui pèsent sur la paix sociale n’est surtout pas étrangère à cette situation. Pour la première fois, en 20 ans de renouveau démocratique, de hauts responsables de l’Etat évoquent publiquement le report des élections dans une indescriptible insouciance. En échos à une promesse ferme du chef de l’Etat en personne de ne pas faire organiser des élections présidentielles et législatives sans le fichier électoral de son choix. Parce qu’il sait qu’aucun des relais moraux du peuple ne s’offusquerait. Ces rentiers en apparats traditionnels ou religieux quotidiennement en génuflexion à la Marina n’oseraient contredire leur bienfaiteur. Le docteur-président croit avoir déjà payé le droit de disposer de la République comme il l’entend en arrosant les gardiens du temple de libéralités diverses. C’est donc tout naturellement qu’en voyant le docteur-président submerger les institutions, la religion et la tradition, un émergent par le ruse, le dol et l’argent, un exalté a cru le voir au dessus de Dieu.

Le Bénin doit au clergé catholique d’avoir su préserver un radeau de sauvetage en plein naufrage collectif. Peut-être un fardeau trop lourd à porter pour l’église de Pierre dans un pays multiconfessionnel. Demeure néanmoins le mérite du modèle. A espérer un sursaut d’orgueil de tous les autres qui ont connu des moments d’égarement face au diktat de l’argent. La tradition, la religion et même la constitution existaient bien avant l’avènement des sirènes de l’émergence et lui survivront très certainement.

Tenez bon, messieurs de la soutane !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/866-l-argent-ne-fait-pas-le-sage.html

Messages

  • Quand la religion et la politique s’entremêlent il ne peux en ressortir que de la tyrannie. Que l’histoire nous enseigne. L’Eglise catholique est riche de son expérience et ne pourrait aucunément marcher à reculons. "On ne peut à la fois servir Dieu et l’argent." Le mérite de l’Eglise catholique n’est pas d’avoir résisté mais d’être fidèle à son Maître. Elle aurait encore plus de mérite si le message dont il est porteur est vécu par ses membres et leur permettent de donner à César ce qui est à César et a Dieu ce qui est à Dieu.