La bataille de la Boad ???

mercredi 12 janvier 2011 par Arimi Choubadé

Yayi Boni contre Bio Tchané. Dire que le second a succédé au premier à la tête de la Banque ouest africaine de développement en janvier 2008 seulement, à l’issue du sommet de l’Uemoa à Ouagadougou. Et que la propagande émergente a glosé sur tous les toits avoir pris une part déterminante dans ce sacre. Une victoire éclatante de la diplomatie béninoise avait clamé tous les gazettes sous contrat. Cette même diplomatie émergente devenue la risée de toute la sous région après sa vaine tentative de faire démissionner Abdoulaye Bio Tchané de la tête de la banque régionale. Apparemment, la Marina ne digère pas l’affront du mardi 04 janvier 2011. Ce jour-là, on pouvait suivre le oui du banquier de Lomé à ses partisans qui le conviaient à briguer la magistrature suprême, à partir des hublots de la présidence de la République, sur un écran géant en 3D, installé en plein milieu de la cour du palais des congrès de Cotonou, accompagné d’une sonorisation surdimensionnée.

Sauf que les autres administrateurs de la Boad ne pouvaient accepter se faire importuner pour une affaire de décibels, d’écran 3D, de show. Les Béninois ont pu constater la parade du docteur-président par l’ubuesque bande passante en bas de l’écran promettant limogeage à Abdoulaye Bio Tchané et l’imminence de son remplacement. Une humeur « impulsive » qui n’a pu émouvoir les membres du conseil des ministres de l’Uemoa puisqu’au lendemain de leur assise, le poste de Président de la Boad n’est toujours pas vacant, au grand dam des yayistes qui doivent s’essayer à d’autres expédients pour briser l’élan Abt. Même si les émergents attribuent à leur champion d’avoir fait nommé Bio Tchané en 2008, il apparait désormais clair que son maintien au poste échappe nettement à Yayi. Si ce dernier a été entièrement fabriqué à ce poste par le président Soglo puis conforté par Kérékou, Bio Tchané lui peut se targuer de s’être fait maintenir contre le gouvernement de son pays. La preuve que le chef de l’Etat béninois a perdu toute prise sur les jeux de couloirs sous régionaux.

Peut-être des indications pour comprendre les esbroufes de la diplomatie béninoise au sujet de la crise ivoirienne. En effet, dans la guéguerre Yayi-Tchané beaucoup de gens voient la main souterraine du beau Blaise de Ouaga, médiateur dans la crise ivoirienne depuis plusieurs années déjà. Or, on peut remarquer comment Yayi dans ses nombreuses pérégrinations autour de cette affaire ignorent royalement le Burkinabé, comme pour lui souffler sa prestigieuse toge de pacificateur attitré sur le continent. Yayi a même été vu à Brazzaville pour aller expliquer à son cher ami lointain Sassou des avancés de sa médiation dans la tension à Abidjan. Un voyage en coup double qui lui permet d’échapper (pour la 5ème fois en 5 ans de mandat) à la fête du vaudou et faire, par la même occasion, un pied de nez à son voisin de Ouaga. Sauf que rien de tout cela ne met un frein à la marche de Abt vers la Marina où il voudrait voir dès avril 2011 un homme qui n’est pas impulsif, qui ne fait pas de vaines promesses, qui n’est pas source de problème pour ses concitoyens et peu enclin aux scandales et à la dilapidation des fonds publics.

Et puis briguer la magistrature suprême d’un pays démocratique ne devrait logiquement pas causer la moindre disgrâce à son auteur. En disant oui à ses partisans, Bio Tchané ne prend pas la tête d’une rébellion armée contre le gouvernement du Bénin. Etre contre l’escroquerie des faux placeurs, les scandales impunis, la gabegie, le régionalisme ne constitue pas une menace à un Etat. Si on devrait partir de son poste parce qu’on a rêvé d’une meilleure gouvernance pour son pays, c’est la porte grandement ouverte au règne des « crétins qui se font passer pour des chrétiens », voleurs de l’épargne des ménages jusqu’aux plus pauvres

Est-ce Bio Tchané qui est anti-Yayi ou plutôt Yayi, l’anti-Tchané ?

Par Arimi Choubadé
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