Merci à tous les anti-émergents…

lundi 17 janvier 2011 par Arimi Choubadé

Au Bénin que les hôpitaux et les régies financières sont fortement perturbés plusieurs mois durant ; qu’on achète la bonbonne de gaz domestique à 9.200 Fcfa au lieu de 3.500 comme au Togo ; que des hôtes prestigieux de la Présidence de la République ont escroqué 156 milliards Fcfa (plus de 20% du budget national) auprès des ménages ; que les denrées flambent régulièrement dans un indescriptible désordre sur les marchés ; que plus d’un million d’électeurs potentiels soient en passe d’être exclus du processus électoral ; que des voleurs de deniers publics convaincus échappent à toute procédure judiciaire. Un pays où l’unique société de distribution d’énergie électrique malmène sans vergogne ses consommateurs pressurés, escroqués et humiliés ; où des honnêtes citoyens peuvent disparaitre, se faire braquer, se faire exécuter en pleine rue pendant que la police se préoccupe de traquer les opposants et autres faits divers ; où les principales routes nationales sont dans un état lamentable. Et pourtant, le chef de l’Etat n’est pas en posture de prendre ses jambes à son cou comme en Tunisie ; les principales villes se refusent de s’embraser, les jeunes ne choisissent pas de s’exiler en masse ; aucun ouvrier n’a essayé de s’immoler par le feu. D’où est-ce que ces Béninois puisent cette dignité qui leur permet de projeter des lendemains meilleurs même dans une détresse aussi abyssale ?

Une puissante flamme de l’espoir qui ne doit certainement plus grand-chose à ce régime qui, en 5 années d’exercice, s’est beaucoup plus illustré à faire reculer tous fondamentaux de la gouvernance publique. Mettant le pays sur le recul sur pratiquement tous les fronts du progrès social aussi bien en matière de liberté de presse (Rsf), de la lutte contre la corruption (Transparency International), du respect des droits de l’homme (Amnesty International), de l’environnement des affaires (Doing Business), dégringolade de la croissance économique. Le peuple ne bouillonne pas et garde encore toute sa lucidité. Juste parce qu’il croit à l’imminence de la révocabilité de la gangrène émergente grâce à tous ceux qui se proposent d’œuvrer pour l’avènement d’une légitimité alternative par des moyens républicains et démocratiques à savoir des élections pacifiques et transparentes.

En clair, malgré le quasi-plébiscite de 2006, les Béninois n’ont jamais cru en un messie ultime. Les 75% des suffrages ne faisaient pas du docteur-président le sauveur suprême. Il n’était qu’une solution parmi tant d’autres. Les milliers de réceptifs aux discours des Adrien Houngbédji, Abdoulaye Bio Tchané, Marie Elise Gbèdo et tous les autres non émergents en 2011sont le témoignage vivant que, contrairement à ce que proclamaient certains courtisans subjugués, Yayi n’est pas plus-que-Dieu. Il n’a pu produire le moindre miracle : personne n’a vu ses usines destinées à induire l’industrialisation de l’économie béninoise ; ne parlons pas de la révolution agricole devenue très vite un autre instrument de siphonage des deniers publics sans oublier l’image d’un pays qui s’est considérablement appauvri en 5 ans de gestion de banquiers que l’on disait parmi les plus surdoués en économie de développement.

Imaginez le désastre psychologique sur les millions de Béninois si l’avenir du pays devrait uniquement dépendre de ce pouvoir incapable d’assurer le bon fonctionnement des hôpitaux et de l’administration publique en proie à des débrayages tous azimuts. N’eut été les élans incarnés par les mouvances Abt, UN et tous les autres partisans d’une alternative à l’impasse du Changement, la détresse populaire aurait été plus profonde. Le mépris affiché vis-à-vis de la souffrance des citoyens à travers le bilan laudateur affiché par les princes jouisseurs aurait suffit à provoquer la déflagration générale.

Heureusement que le Bénin ne manque pas d’autres porteurs de rêve…

Par Arimi Choubadé
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