Non assistance à citoyens privés de droit de vote…

mercredi 19 janvier 2011 par Arimi Choubadé

Impressionnante, la moisson de la paire Yayi-Bako ; plus d’un million de Béninois en âge de voter, voués à jouer les spectateurs résignés lors des scrutins présidentiel et législatif de 2011. Pire, il ne se trouve aucun organe d’Etat, aucune institution républicaine pour les défendre. Cause entendue depuis que la Cour constitutionnelle a placé la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) au dessus de la constitution. Tant pis si les agents recenseurs n’ont pu couvrir des zones interdites d’accès par les inondations ; aucune commisération non plus à l’endroit de tous ceux dont les empreintes sont brouillées sur les écrans des kits d’enregistrement biométrique du fait de l’harmattan. A eux, s’ajoutent tous les oubliés suite à la pagaille artistique mise en œuvre par les organiseurs, à chacune des étapes.

Le petit peuple économiquement, culturellement et physiquement asphyxié devrait encore perdre sa seule illusion de se sentir citoyen à travers le droit de vote. Il ne reste de facto que les « unionistes » et autres « Abtistes » comme ultimes remparts à cette dérive autocratique. Le déploiement de faste sur le terrain par les émergents en faveur de la Lépi (ou rien) est trop grotesque pour n’être guidé que par le seul prétexte de modernisation du processus électoral. Surtout lorsque cela prend des allures de remodelage de la démographie électorale. Les officines « cauris » revendiquent officiellement que d’autres citoyens soient exclus du processus électoral par manifestations de rue interposées. Comme si la Lépi n’avait pour unique objectif que d’instaurer un climat délétère autour du processus électoral et de faire annuler des voix sans passer par le contentieux électoral. De quoi éviter à la Cour constitutionnelle de procéder elle-même à des coupes sombres à l’ivoirienne ; c’est moins risqué d’annuler, par avance, des suffrages potentiels dès la confession de la liste électorale que de le faire après scrutin comme Paul Yao NDré l’a fait à Abidjan. Des annulations après coup qui a valu à Laurent Gbagbo un concert de réprobations internationales.

Si le camp émergent devrait perdre la bataille de l’exclusion massive d’électeurs c’est tout l’échafaud originel autour de la Lépi qui s’écroule. Une Lépi qui fait pschitt depuis qu’il est admis que le comptage se ferait manuellement. Adieu donc les belles résolutions sur les sirènes de modernisation et de progrès démocratiques chantées par les partisans de ce fameux fichier. Pas grand-chose ne changerait lors des scrutins de 2011 puisque les résultats ne seraient pas traités par des appareils électroniques sophistiqués ; les électeurs ne se soumettraient visiblement pas à des contrôles biométriques stricts ; toutes velléités de trucage lors des traitements des chiffres à travers des logiciels pipés écartées. La Lépi se résume finalement à une opération de saisie informatique sans aucune autre application technique de traitement de données directement liées au vote. Comme au bon vieux temps, les populations pourraient se charger elles mêmes de compter un à un, à la main, les suffrages exprimés et les mettre à la disposition du grand public, dès la fin des opérations.

En définitive, la bataille électorale imposée par le régime réside dans l’ampleur des exclus. Or ces derniers n’ont pas le sentiment que leurs portes-espoirs de choix, c’est-à-dire, les anti-émergents font suffisamment pour leur éviter le bannissement annoncé. L’échec des exclus équivaut à la victoire de leurs bourreaux. Les séries de marche précocement étouffées, les coalitions de défense de la démocratie mortes-nées et autres agitations locales d’élus isolés paraissent trop décalées par rapport à la situation de détresse des dizaines de milliers de citoyens visés par les manœuvres de la Marina. Les amis de Yayi savent pourquoi ils ne souhaitent pas voir le plus grand nombre de Béninois dans les isoloirs en 2011.

L’enjeu est d’inverser la tendance en assurant à tous le droit à une carte d’électeur…

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Vous avez oublié les deux millions de béninois qui sont dans la diaspora et qui n’intéressent les gens que lorsqu’ils envoient les 120 milliards de nos francs

    • C’est vrai que nous pouvons soupconner, au regard de l’allure qu’ont prise les evenements ces derniers temps, le fait de vouloir priver des citoyens de leur droit de vote. Qu’il s’agisse des beninois de l’interieur que de ceux de la diaspora. Mais pour ma part, il y a plus grave. Car que diriez vous si on les laissait tous voter sans exclusive pour enfin confisquer le resultat de leur expression dans les urnes ? Pour faire court, et si les resultats annonces a la fin ne reflete pas la volonte des electeurs ? L’exigence de la haute juridiction de devoir donner seule les resultats ne parait pas me donner pas toutes les garanties que requierent les prochaines elections, et cela me laisse interrogatif. Et ce qui me surprend davantage c’est que cette inovation dans notre processus electoral, qui de mon point de vue est une regression, ne gene pas grand nombre meme pas les opposants. Car je l’ai pas l’avantage de les avoir vu communiquer la dessus ni entreprendre une quelconque action tendant a marquer un mecontentement. Je crois qu’il faut batailler pour faire recouvrer a la CENA son droit de donner les grandes tendances, a tout le moins.